En feuilletant les vieux romans...

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La littérature n’est pas faite pour plaire, pour donner un exemple positif, inculquer la morale et fournir des solutions. Elle est faite pour poser des problemes et inciter à la réflexion.

La littérature n’est pas faite pour plaire, pour donner un exemple positif, inculquer la morale et fournir des solutions. Elle est faite pour poser des problemes et inciter à la réflexion. Les côtés sombres de la vie, les idées perverses, les vices humains devenus matière d’une œuvre littéraire ne sont plus des éléments du monde réel, ils s’intègrent dans la fiction. Inutile donc d’y voir des rapports directs avec ce qui nous entoure, établir des similitudes entre le texte et la réalité. Je le dis car le problème subsiste.

Lorsque le chef des relations publiques à l’Eglise orthodoxe russe s’en prend, dans sa récente intervention, à « Lolita » de Nabokov et à quelques autres œuvres littéraires il a le droit de ne pas les aimer mais il ne doit pas y voir un message de propagande. Montherlant, Gide ou Peyrefitte – combien de talents n’auraient pas pu se faire connaître en tant qu’auteurs si l’opinion faisait l’amalgame. D’ailleurs pour « Lolita », dans un premier temps, le manuscrit fut refusé par tous les éditeurs américains, qui craignaient des poursuites judiciaires ou souhaitaient une verison plus morale. Nabokov l’a fait publier pour la première fois en anglais, à Paris, en 1955. En même temps, la sévérité que manifeste l’Église orthodoxe russe dans le traitement des affaires de pédophilie a sa raison d’être.

Après le règne du silence leur prise en charge au plus haut niveau de l'Eglise montre que celle-ci a enfin décidé de sévir et d'employer les grands moyens de la prévention et de la répression dans un domaine longtemps occulté. Dans cette optique, je peux comprendre la volonté des ecclésiastiques de commencer par la base, l’éducation et demander une expertise juridique des textes qui lui semblent dangereux. Toutes les Églises défendent les valeurs conservatrices et s’opposent à tout ce qui contredit la tradition. Pourquoi alors un tel tapage dans les médias russes après une intervention qui a sa logique ? Pourquoi on suggère ironiquement d’expertiser « Anna Karenine » de Tolstoï comme une œuvre incitant au suicide ? Pourquoi l’ex-ministre de la culture dit que l’expertise de « Lolita » si elle a lieu nuira au prestige international de la Russie ? La raison est simple. Depuis un certain temps, les instances russes considèrent la parole de l’Église comme un impératif dans le domaine de la morale et n’osent pas refuser ses demandes. C’est là que le bât blesse.

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