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RIA Novosti

Opinions

La milice russe devra apprendre la courtoisie ou disparaître

14:35 31/08/2005

MOSCOU. Par Vassili Kononenko, commentateur politique de RIA-Novosti.

La milice (équivalent de la police), est en crise. Constat qui n'a rien d'imaginaire et qui n'est pas neuf. Et il se fonde non sur les observations du public mécontent et traduit bien l'avis du ministre de l'Intérieur, Rachid Nourgaliev. Ayant effectué, il n'y a pas longtemps, un "raid d'inspection" dans les régions de Volgograd, de Voronej, de Saratov et de Tambov, le milicien numéro un, choqué par le nombre d'infractions à la loi commises par ses subordonnés et leur aspect moral, a édicté, de retour à Moscou, un Message spécial, immédiatement baptisé "Code d'honneur du milicien".

Le ministre exige des miliciens qu'ils fassent preuve de courtoisie et de sollicitude, qu'ils cessent de tourmenter les citoyens avec des contrôles inutiles, qu'ils apprennent l'éthique et donnent par tous les moyens une image positive de la milice.

Publié sur le site officiel du ministère de l'Intérieur, ce document laisse pourtant entrevoir l'aspect véritable de la milice. Le général Nourgaliev reconnaît que la structure fait appel à des gens "ayant une culture personnelle étriquée et un niveau d'instruction peu élevé". On trouve même dans la milice "des personnes qui ont fait de leur mission une source d'enrichissement illicite". Le ministre exige de ses subordonnés qu'ils considèrent que leur mission première est la protection de la vie, de la santé, des droits et des libertés des citoyens, de la propriété, des intérêts de la société et de l'Etat face aux atteintes criminelles".

Le ministre souligne en même temps le "caractère inadmissible des comportements illégaux, cruels ou dégradants, indépendamment des objectifs poursuivis, des circonstances et de la personnalité du criminel présumé".

Jamais encore le ministre Nourgaliev n'avait adressé de pareils propos à ses hommes. Qu'est-ce qui l'a poussé à faire ce genre de révélations ? Il y a plusieurs causes à cela.

Premièrement, les résultats des sondages publics menés il n'y pas longtemps par le Levada-Centr. Choquants, ils provoquent l'indignation dans la société. On en apprend notamment que, sur la liste des "professions criminelles", les bandits, les trafiquants de drogue et les terroristes n'arrivent qu'en troisième position, largement derrière les miliciens en général et les agents de la milice de la route en particulier. 38% des Russes interrogés disent que les miliciens exercent "le métier le plus criminel". Et voici les données encore plus alarmantes, présentées par ce même Levada-Centr et un autre centre de sondages, le VTsIOM. Près de 60% des interrogés pensent que les actes massifs de violence de la part des miliciens sont pratique courante. Il se peut que ces états d'esprit représentent la conséquence des récents procès menés contre des agents. Mais l'image de la milice ne s'est pas formée en un an !

Deuxièmement, l'arbitraire auquel les citoyens sont confrontés en cas de "contact forcé" avec la milice (surtout sur les routes automobiles) ne saurait être qualifié d'exception à la règle. Grossièretés, refus cynique de remplir leurs obligations professionnelles, rançonnement... Et les scandales liés à l'arbitraire des miliciens en Bachkirie ? Vladimir Poutine, dans son Message annuel au parlement du pays, a attiré l'attention sur le problème : "Nous avons besoin d'organes de sécurité dont tout honnête citoyen puisse être fier au lieu de passer de l'autre côté de la rue en voyant des policiers". Ces propos datent du mois de mai, mais rien n'a malheureusement changé depuis. Le ciel semble s'assombrir sur le ministre de l'Intérieur.

Enfin, le précédent ukrainien ne joue pas le dernier rôle dans cette mise au pilori organisée par le ministre à l'intention de ses subordonnés. A Kiev, le président Youchtchenko a supprimé la police de la route locale dont les agents rançonnaient presque ouvertement les conducteurs de véhicules. En Russie, ce problème préoccupe depuis longtemps des députés et les défenseurs des droits de l'homme, ainsi que le Comité anticorruption, dirigé par le politologue connu Gueorgui Satarov. Pourtant, le caractère fermé du ministère de l'Intérieur, le niveau intellectuel extrêmement bas de beaucoup de miliciens vouent à l'échec toute tentative de réforme dans cette structure.

Dans la situation actuelle, le "problème de la milice" dont le danger ne cesse de croître aussi bien pour la société que pour le pouvoir est en mesure non seulement de tourner en déception cruelle pour le "parti du pouvoir" aux législatives de 2007 mais aussi de provoquer une vague spontanée de protestations et de désobéissance civile. En un mot, la milice qui est restée depuis sa naissance l'"organe punitif" de l'Etat doté d'une structure intérieure de type "soviétique" s'est avérée incapable de servir les intérêts de l'individu et pourrait bien être remplacée par une police qui emploiera des d'experts civils. Et cette idée a déjà été débattue en Russie au niveau le plus élevé. Seulement, pour la réaliser, l'Etat manquait de ressources dans le passé. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

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