Chômage en Russie: quelles perspectives?

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Par Oleg Mitiaïev, RIA Novosti

Selon les dernières prévisions du gouvernement, la croissance du PIB russe sera minimale en 2009. Par ailleurs, de nombreux économistes russes prédisent une récession économique en Russie en 2009. Cependant, les autorités et les experts indépendants concèdent que cette année, le pays se heurtera au problème de l'emploi et à la croissance du chômage. D'après les experts, le principal problème résidera dans les disproportions dans la structure de l'emploi dans différents secteurs et régions, et non dans l'envergure de ce phénomène.

D'après les dernières prévisions du ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine, le taux de croissance de l'économie russe en 2009 ne sera pas supérieur à 0-2%. Le nombre de chômeurs enregistrés en Russie à la fin de l'année 2008 et au début de l'année 2009 s'élevait déjà à environ 1,5 million de personnes. Mais ce sont les chiffres officiels. Si l'on suit la méthodologie de l'Organisation mondiale du travail, le nombre total de chômeurs en Russie s'élève à 5 millions de personnes, précise Evgueni Gontmakher, directeur du Centre de politique sociale de l'Institut d'économie de l'Académie russe des sciences. Mais ce chiffre (correspondant à moins de 7% de la population active) est relativement peu élevé par rapport aux nombreux pays industrialisés.

Cependant, le chômage en Russie gagnera en ampleur en 2009 et fera un bond au premier trimestre déjà. Une table ronde consacrée au problème du chômage en Russie a récemment été organisée au siège de RIA Novosti.

Selon Oksana Dmitrieva (membre du groupe parlementaire de Russie juste), le PIB russe affichera une dynamique négative en 2009, augmentant le chômage de 30% par rapport au niveau actuel (il s'agit là d'un scénario optimiste). Le problème, estime-t-elle, se complique par le fait que le gouvernement a mis trop de temps à combattre la crise bancaire tout en refusant de reconnaître le risque de récession, et a donc tardé à adopter des mesures anticrise.

Dans un contexte de chute de la demande intérieure en raison de la diminution des recettes provenant des exportations, on pourrait stimuler l'économie au moyen des commandes publiques et de la réduction des impôts, explique Mme Dmitrieva. Or, le budget a été révisé de façon à diminuer les commandes publiques; en revanche, les subventions s'accroissent, ce qui signifie que les entreprises reçoivent des cadeaux et ne doivent rien faire en échange. Quant aux impôts, dans le meilleur des cas, ils ne seront pas augmentés.

D'après Evgueni Gontmakher, le scénario économique négatif pour 2009 a toutes les chances de se réaliser en Russie. L'expert prévoit que le nombre de chômeurs doublera d'ici la fin de l'année, pour se chiffrer à 10 millions de personnes.

Dans le même temps, notent les experts, le nombre de personnes employées dans certains secteurs de l'économie russe est, en effet, excédentaire. Ainsi, dans le secteur pétrolier et gazier, l'appareil administratif a connu une hypertrophie au cours de ces dernières années en raison des prix surélevés du pétrole. Dans l'électricité, l'existence de tarifs monopolistiques a engendré une situation similaire. D'autres secteurs ne sont pas non plus efficaces. Par exemple, selon Evgueni Gontmakher, pour accomplir le même volume de travail, le secteur bancaire russe embauche quatre fois plus de salariés que le secteur bancaire néerlandais. En outre, une croissance exagérée des salaires a été enregistrée dans les secteurs susmentionnés depuis le début des années 2000.

Dans un contexte de crise, les personnes ayant perdu leur emploi pourraient passer dans le secteur des innovations ou dans l'industrie de transformation.

Cependant, les innovations, tant préconisées par les autorités, ont du mal à gagner du terrain. Et le passage nécessaire des personnes actives dans le secteur industriel est empêché par la mauvaise qualité du marché du travail, par rapport aux années 1990, explique Mme Dmitrieva.

La pratique des années 1990 montre qu'il est tout à fait possible de reclasser les ingénieurs, qui deviennent facilement gestionnaires, économistes ou même juristes, constate l'analyste. En revanche, il est extrêmement difficile de reconvertir un gestionnaire ou un fonctionnaire dans le métier d'ingénieur ou de technicien.

Dans les années 1990, le PIB avait chuté de 40%, alors que le taux d'emploi s'est réduit de seulement 10%, confirme M. Gontmakher. A l'heure actuelle, la situation est tout à fait différente. Toute récession économique, même légère, poussera les employeurs à se débarrasser des employés superflus, lesquels auront du mal à trouver un autre emploi.

Les disproportions dans la structure du chômage au sein des différentes régions constituent un problème encore plus important.

Par exemple, dans une mégalopole comme Moscou, le taux de chômage officiel n'est passé que de 18.500 (0,3% de la population active) en septembre 2008 à 24.500 (0,4%) en janvier 2009, selon le service public de l'emploi. D'ailleurs, le nombre non officiel de chômeurs dans la capitale s'élève à quelque 250.000 personnes, selon les syndicats. Or, même si ce dernier chiffre est correct, il est tout de même beaucoup inférieur à celui des autres grandes capitales européennes (Londres, Paris, Rome, Madrid).

Au cours de ces derniers mois, des délestages massifs sont certes pratiqués à Moscou aussi bien que dans le reste du pays. Mais dans la capitale, cette pratique concerne essentiellement les citoyens des pays de la CEI, qui se voient obligés de regagner leur patrie, ainsi que les habitants de la région de Moscou et d'autres régions voisines. Ces derniers doivent être enregistrés en tant que chômeurs dans leurs services de l'emploi régionaux.

Or, la situation sera la plus difficile dans les "monovilles", où la quasi-totalité des personnes actives sont employées dans une seule entreprise, laquelle assure l'existence de la ville. De telles "monovilles", situées dans l'Oural, dans les régions de Voronej et de Vologda, mais aussi dans d'autres régions, constitueront des foyers de chômage et nécessiteront d'importants investissements publics.

Dans le même temps, la crise poussera les autorités à apprendre à bien calculer le nombre de chômeurs, à verser les allocations de chômage à des personnes concrètes et à améliorer la qualité du reclassement professionnel.

Une fois la crise terminée, le gouvernement se rendra probablement compte de la nécessité de faire renaître le fonds de l'emploi (supprimé par méprise dans les années 2000), pour pouvoir verser des allocations de chômage. A l'heure actuelle, ces allocations sont versées par le budget de l'Etat.

Idéalement, de véritables syndicats devraient être créés dans le pays pour défendre les intérêts des employés et rehausser leur rôle dans la gestion des entreprises.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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