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RIA Novosti

Opinions

Le déploiement de l'ABM en Europe conditionné par l'Iran

18:38 08/07/2009
Par Vladimir Evseïev, du Centre de sécurité internationale de l'Institut de l'économiemondiale et des relations internationales, pour RIA Novosti

La première visite du président américain Barack Obama en Russie a apporté beaucoup de surprises. Notamment des progrès, auxquels ne s'attendaient pas vraiment les experts russes, concernant le déploiement du bouclier antimissile américain en Europe. Les parties avaient déjà signé, le 6 juillet, une déclaration commune sur ce sujet prévoyant la création d'un Centre d'échange de données, appelé à servir de fondement à un système multilatéral d'informations sur les lancements de missiles.

Le président américain a développé davantage ce sujet le 7 juillet, dans son discours à l'Ecole russe d'économie. "S'il n'existe plus de menace de la part des programmes nucléaires et de missiles de l'Iran, il n'y aura aucune raison de créer un système ABM en Europe", a-t-il déclaré.

Barack Obama avait informé par écrit dès le mois de février son homologue Dmitri Medvedev de la volonté des Etats-Unis de renoncer au déploiement des éléments de l'ABM en Europe, en échange de l'aide de la Russie à résoudre le problème nucléaire iranien. Les dirigeants russes avaient rejeté à l'époque la possibilité d'un tel échange.

L'insistance de Washington s'explique probablement par les raisons suivantes.

Premièrement, l'incapacité des Etats-Unis de résoudre seuls le problème nucléaire iranien.

Deuxièmement, les progrès réels accomplis par Téhéran dans le développement de ses programmes nucléaire (à la fin mai 2009, le site de Natanz exploitait 4.920 centrifugeuses au gaz, capables d'enrichir l'uranium, tandis que 2.132 autres appareils étaient assemblés et se trouvaient sous vide) et de missiles.

Troisièmement, la coopération qui se poursuit entre l'Iran et la Corée du Nord dans le domaine des missiles, et peut-être même du nucléaire.

Enfin, la volonté de renforcer sa sécurité face aux menaces éventuelles de missiles (et pas seulement celles émanant de l'Iran) en implantant des éléments de l'ABM hors du territoire national.

Il est à noter, également, qu'aucun homme politique iranien sérieux, pas même l'ancien candidat à la présidence Mir Hossein Moussavi, n'est en mesure de soulever la question de l'arrêt des programmes nucléaire et de missiles. La population de la République islamique d'Iran considère ces programmes comme un objet de fierté nationale, pour lequel le gouvernement a déjà dépensé des milliards de dollars.

Il ne faudrait pas en déduire pour autant que la situation se trouve dans une impasse totale. Malgré sa rhétorique, Téhéran continue à coopérer avec l'Agence internationale de l'énergie atomique et n'utilise que de l'uranium faiblement enrichi. Dans ses déclarations officielles, il dit ne vouloir produire lui-même du combustible nucléaire que, par exemple, pour la centrale nucléaire de Bouchehr. On pourrait l'aider, en cela, en certifiant le combustible approprié.

Dans le même temps, l'Iran développe de plus en plus activement une infrastructure nucléaire, qui pourrait servir de base scientifique et technologique pour la création d'une arme nucléaire. A première vue, il n'y a aucune raison de s'inquiéter : le Japon, l'Allemagne et plusieurs autres Etats possèdent des capacités similaires, qui pourraient leur permettre de se muer en puissances nucléaires en l'espace de quelques mois (ou années). Ces pays ne sont cependant pas en conflit avec leurs voisins, et leur infrastructure nucléaire n'attire donc pas l'attention. L'Iran, lui, est regardé d'un oeil tout autre, car il a élaboré son programme nucléaire en secret, en recourant au marché noir des matériaux et des technologies nucléaires, créé par le scientifique pakistanais Abdul Qadeer Khan. C'est ce réseau qui a livré à l'Iran ses premières centrifugeuses au gaz et leurs documents techniques, tandis que le complexe d'enrichissement de l'uranium de Natanz a été édifié d'emblée comme un bâtiment bien fortifié et masqué.

Aujourd'hui, les relations russo-iraniennes ne suscitent, semble-t-il, aucune inquiétude, mais le régime iranien actuel est imprévisible, son idéologie reposant sur le "khomeynisme" orthodoxe, dont l'une des caractéristiques réside dans le soutien actif aux groupes islamistes radicaux. Qui plus est, plus de 20 millions de Russes résident dans une zone à portée des missiles iraniens Shehab-3, ce qui crée une menace potentielle pour Moscou. C'est pourquoi la Russie s'oppose à la militarisation du programme nucléaire de Téhéran et soutient les efforts de la communauté internationale visant à freiner son programme de missiles.

Moscou et Washington ont donc tous deux intérêt à ce que soit préservé le statut non nucléaire de l'Iran, ce qui sert de base pour la coopération dans ce domaine. La Russie ne voit cependant pas de lien direct entre les ambitions nucléaires de Téhéran et la nécessité de déployer des éléments du système ABM en Tchéquie et en Pologne. L'Iran n'est qu'un Etat parmi d'autres du Proche et Moyen Orient, qui possèdent des programmes développés de missiles et ne cachent pas qu'ils aspirent à se doter d'une infrastructure nucléaire.

C'est pourquoi la Russie insiste pour que la priorité soit donnée à l'analyse des menaces de missiles, et qu'ensuite seulement, lors d'une seconde étape, soit prise une décision en commun sur le déploiement de l'ABM. Une telle approche permettrait de réunir facilement les systèmes d'information existants et de trouver des sites optimaux pour l'installation de systèmes de frappe appropriés.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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