
Tard dans la soirée du 3 novembre, heure européenne, le conseil des directeurs du constructeur automobile américain General Motors a bien amusé le monde automobile.
La saga qui a duré environ sept mois sur la vente du bloc de contrôle de la filiale allemande en difficulté de GM - le consortium automobile allemand Opel - au consortium canado-russe Magna-Sberbank, n'a abouti à rien. GM a décidé de garder Opel dans son giron.
La transaction a été étudiée depuis le mois de mai dernier et GM a donné son accord préalable pour la vente de 55% d'Opel à l'alliance de l'équipementier automobile canadien Magna et du russe Sberbank (chacun détiendrait 27,5%). Les acheteurs ont promis d'investir 500 millions d'euros dans Opel. Sberbank devait assumer le rôle d'investisseur financier. Il était prévu qu'il vendrait par la suite sa part à l'un des producteurs automobiles russes, probablement au groupe GAZ.
Mais, depuis, beaucoup d'eau a coulé sous le pont, et au dernier moment, GM est revenue sur sa décision.
Dernièrement, General Motors a subi une restructuration après avoir présenté lui-même son dépôt de bilan, il a reçu plusieurs milliards de dollars d’assistance du gouvernement américain qui le contrôle actuellement.
Les anciens responsables de GM qui, il y a quelques mois, avaient l'intention de se débarrasser le plus vite possible des actifs non rentables ont déjà quitté la compagnie et travaillent ailleurs. Les nouveaux PDG de GM nommés par l'administration de la Maison Blanche ont des plans bien plus ambitieux et ne veulent pas que le constructeur automobile jadis le plus prestigieux du monde se dégrade pour devenir une compagnie automobile régionale travaillant uniquement sur le marché nord-américain.
Il y a quelques mois, cette perspective était considérée comme possible. En plus de l'alliance du canadien Magna et du russe Sberbank, toute une série d'autres prétendants convoitaient les actifs de GM, entre autres, l'italien Fiat qui était prêt à acheter à bas prix les usines de GM presque dans le monde entier.
Mais ces projets ne devaient pas se réaliser. GM s'est renforcée grâce à l'assistance de l'Etat. Qui plus est, les marchés automobiles américain et mondiaux ont commencé à se renforcer.
Dans ces conditions, GM n'a pas voulu vendre ses technologies à de nouveaux concurrents potentiels. GM a reconnu que la vente d'Opel assurerait aux concurrents l'accès aux propriétés intellectuelles que GM s'apprête à utiliser lui-même dans de nouveaux projets.
C'est, en premier lieu, ce facteur qui a été la raison du revirement de GM à 180 degrés concernant la vente d'Opel.
D'ailleurs, à présent, GM devra assumer tout le fardeau de la restructuration d'Opel non rentable, car le gouvernement américain n'accordera pas d'argent à la filiale européenne de GM, d'autant plus que les perspectives du marché automobile européen pour l'année prochaine sont assez sombres.
C'est également GM, et non plus le consortium avec Magna
à sa tête, qui devra mener les négociations difficiles avec les syndicats européens.
Le revirement de GM a été une surprise très désagréable pour le gouvernement allemand qui a financé la vente d'Opel justement à l'alliance Magna-Sberbank. Ironie du sort, la chancelière d'Allemagne Angéla Merkel a appris cette nouvelle désagréable dans l’avion à bord duquel elle partait de Washington où elle a prononcé un discours devant le Congrès américain et a rencontré le président Barack Obama.
L'aide gouvernementale allemande de 4,5 milliards d'euros n'était destinée qu'à la transaction sur sa vente à Magna-Sberbank. En échange, Magna a promis de conserver le nombre maximum d'emplois dans les usines Opel en Allemagne. Qui plus est, cette transaction faisait partie de toute une série de projets d'investissement germano-russes mutuellement avantageux.
Le gouvernement allemand a déjà manifesté son désarroi face la récente décision de GM et annoncé qu'il lui demanderait de restituer le crédit de 1,5 milliard d'euros accordé dans le but de sauver Opel.
Il va sans dire que le revirement de GM a également porté un coup aux projets du canadien Magna de devenir un grand constructeur européen indépendant, ainsi qu'à l'espoir de la Russie d'obtenir, avec Opel, des propriétés intellectuelles modernes dans le domaine de la construction automobile.
Il en résulte que l'industrie automobile russe ne sera constituée dans les années qui viennent que d’un ensemble d'unités d'assemblage des géants automobiles étrangers (GM, Ford, Toyota, Volkswagen, etc.) et de quelques marques russes traditionnelles qui devront encore survivre en temps de crise. Quant à l’acquisition des droits de propriété sur des projets contemporains de construction automobile, elle est reportée sine die.
D'autre part, on peut dire que la Russie n'encourra pas les risques qui auraient découlé de la tentative de Magna de créer une nouvelle compagnie automobile européenne sur la base d'Opel. Le groupe canadien prévoyait de porter la vente en Russie à environ un million de voitures. Puisqu'en 2008, la meilleure année pour le marché automobile russe, seules 2,4 millions de voitures ont été vendues dans le pays, ces projets étaient exagérément optimistes, pour ne pas dire plus.
D'autre part, GM a déclaré le 3 novembre que le groupe avait l'intention de poursuivre la coopération directe avec le producteur automobile russe GAZ (usine automobile de Gorki). Comme on l'a appris le mois dernier, GM augmentera la construction de ses voitures non seulement dans son usine située dans les environs de Saint-Pétersbourg, mais aussi dans l'entreprise russe d'assemblage Avtotor de la région de Kaliningrad.
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