Débats
La Russie adhérera-t-elle à l'OMC cette année?
Par Maria Selivanova, RIA Novosti
Il semble que la Russie adhérera finalement cette année à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Cette structure avait été instituée il y a quinze ans, le 1er janvier 1995, à la suite de la réorganisation de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT). Rappelons que l'OMC est une organisation internationale créée en vue de libéraliser le commerce international et de réglementer les rapports commerciaux et politiques entre ses Etats membres. A cette fin sont utilisées aussi bien les méthodes tarifaires avec réduction conséquente des taxes à l'importation que l'abolition des barrières non tarifaires. A l’heure actuelle, l'OMC rassemble plus de 150 Etats.
La Russie tente de devenir membre de l'OMC depuis 1993 (alors le GATT). La procédure d'adhésion à cette organisation prend habituellement de 5 à 7 ans, mais nos fonctionnaires mènent des négociations à ce sujet depuis déjà 16 ans. C'est un record. Avant la Russie, les négociations d’adhésion les plus longues avaient été celles de la Chine, Pékin ayant négocié 15 ans durant.
Pour adhérer à l'OMC, conformément à la procédure habituelle, la candidature de la Russie doit être approuvée par tous ses membres, ce qui constitue la difficulté principale. Les pourparlers traînent toujours en longueur, car tantôt un pays, tantôt un autre, manifestent une humeur peu conciliante. Ils tentent évidemment de garantir des avantages pour leurs producteurs. Les critiques des "confrères" potentiels de l'OMC visent le protectionnisme d'Etat des autorités russes, par exemple, le relèvement de la taxe sur le bois et le soutien apporté à l'industrie automobile et au secteur agricole.
Ainsi, la Finlande s'est-elle opposée longtemps à l’adhésion de la Russie à l'OMC. L'argument principal des protestations des Finlandais résidait dans leur désaccord avec la hausse des taxes à l'exportation de bois brut russe. L'accroissement des taxes a lésé les producteurs finlandais de papier. Mais une fois les Finlandais résignés à l'inévitable, l'adhésion de la Russie à l'OMC a été bloquée par la Lituanie. La Russie a commencé à transférer ses marchandises par ses propres ports, et non pas ceux des pays baltes, ce qui n'a pas plu aux Lituaniens.
Il y a un an, Moscou a laissé entendre que la Russie n'avait pas l'intention de mener des négociations indéfiniment. En juin 2009, les chefs de gouvernement de la Russie, du Kazakhstan et de la Biélorussie ont décidé d'informer l'OMC sur leur adhésion à cette organisation en tant que territoire douanier commun. Les trois pays ont suspendu les pourparlers bilatéraux sur l'adhésion à l'organisation et engagé leurs propres consultations sur la formation d'une position commune de l'Union douanière. L'élaboration d'une position unique au sein d'une nouvelle structure est toutefois une chose ardue. Par exemple, une "guerre du lait" a récemment opposé la Russie et la Biélorussie, lorsque la vente de plusieurs produits biélorusses a été interdite en Russie.
Enfin, en octobre 2009, il est devenu clair que ces trois pays adhéreraient tout de même à l'OMC séparément, mais sur la base de positions concertées. J'estime que la décision d'adhérer à l'OMC séparément est la plus juste pour la Russie. Comme l'a déclaré Maxime Medvedkov, le chef de la délégation russe aux négociations sur l'adhésion à l'OMC, la Russie a achevé les pourparlers sur l'adhésion à 95%, le Kazakhstan, à 70% et la Biélorussie, à moins de 50%.
Une adhésion commune signifierait que la Russie devrait attendre probablement plusieurs années pendant que ses voisins concerteraient leurs positions avec les membres de l'OMC. En revanche, en y adhérant séparément, nous avons une chance de devenir enfin cette année membre à part entière de l'organisation. En tout cas, Arkadi Dvorkovitch, l'assistant du président russe, a déclaré ces jours-ci dans une interview à la chaîne de télévision Vesti que la Russie était "optimiste quant à l’issue des négociations".
Pourquoi la Russie aspire-t-elle depuis tant d'années à adhérer à l'OMC ? Cela lui permettrait d'obtenir un libre accès aux marchés extérieurs. Qui plus est, toutes sortes de barrières tarifaires et non tarifaires limitant le commerce international seraient levées. Notre pays perd environ 2,5 milliards de dollars par an en raison de la discrimination subie sur les marchés extérieurs. L'accès aux nouveaux marchés pourrait stimuler aussi la production de haute technologie dont la nécessité est constamment invoquée par les autorités.
Un autre avantage crucial est la possibilité de participer à l'élaboration et au changement des règles du commerce international. Pour l'instant, elles sont fixées par d’autres que nous. Cela veut dire qu'elles peuvent être contraires à nos intérêts dans le domaine de la concurrence, de la politique d'investissement ou énergétique.
En même temps, les adversaires de l'adhésion de la Russie à l'OMC craignent qu'en l'absence de taxes protectionnistes sur certains produits, l'industrie russe ne soit "balayée" par une vague d'importations et que la politique tarifaire obligatoire sévère pour les pays membres de l'OMC ne réduise les recettes budgétaires provenant des taxes à l'importation.
Les conséquences de l'adhésion à l'OMC seront différentes selon les secteurs. Par exemple, l'adhésion peut apporter d'immenses bénéfices à l'industrie chimique et aux aciéries. En effet, d'autres pays membres de l'OMC seront automatiquement contraints de renoncer aux taxes douanières anti-dumping qui leur permettent actuellement de protéger leurs marchés.
Les secteurs qui font concurrence à l'importation – ce sont, en premier lieu, les constructions mécaniques, les industries légère et alimentaire, ainsi que l'agro-alimentaire – sont adversaires de l'adhésion à l'OMC. La libre concurrence avec les producteurs étrangers pourrait provoquer tout simplement leur faillite. Les structures financières russes voient aussi un danger dans la libre concurrence avec les banques étrangères.
D'ailleurs, il y a, semble-t-il, quelqu’un qui sera certainement gagnant dans l'adhésion à l'OMC : c’est le consommateur russe. L'arrivée sur le marché russe de banques occidentales, de sociétés du bâtiment et de l'alimentation peut être une bonne chose pour lui, de même avec la baisse des taxes protectionnistes sur les voitures. Enfin, la libre concurrence pourrait contraindre les sociétés russes à baisser leur prix non seulement comme conséquence de la réduction des coûts, mais aussi à la suite de la diminution des profits, lorsqu'il s'agira pour les entreprises de survivre.
Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

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