
Le second tour de l'élection présidentielle ukrainienne se tiendra le 7 février. Peut-être n'aura-t-il pas lieu, ce qui serait dangereux, mais pas exclu.
La présidentielle actuelle en Ukraine a un trait particulier, souvent négligé: sa campagne de propagande visuelle. Naturellement, ce ne sont pas les candidats qui s'en occupent, mais leurs états-majors et leurs spécialistes en relations publiques.
Ianoukovitch mise sur la stabilité. Avant les premier et second tours, les affiches, les billboards, les calendriers et autres moyens de propagande du Parti des régions prônent une "Ukraine pour les gens".
Ce que représentait ce pays avant cette élection reste inexpliqué.
L'équipe de Timochenko a une approche bien différente. Les affiches changent, de même que les thèmes.
Il y a trois semaines (à la veille du premier tour), la première ministre avait souhaité aux Ukrainiens une bonne année du tigre. Sur les affiches, elle souriait et semblait heureuse, tenant dans ses bras un petit tigre qui lui avait été offert quelques mois auparavant.
A présent, Timochenko a changé le caractère de sa propagande électorale: elle propose à l'Ukraine de suivre une voie nouvelle. Son sourire est plus énigmatique sur les affiches, il semble qu'elle indique cette nouvelle voie en souriant sévèrement. Mais, tout comme Viktor Ianoukovitch, elle n'explique pas quelle voie a suivi le pays lorsqu’elle était Première ministre, avant qu’elle n’entre en campagne.
Les affiches se sont raréfiées. "Timochenko a fortement réduit son activité propagandiste: elle économise pour faire échouer l'élection et lancer ensuite des troubles", suppose l'état-major de Viktor Ianoukovitch.
En même temps, Timochenko affirme de la manière la plus officielle que des partisans armés du Parti des régions se trouvent dans les centres de vacances situés dans les environs de Kiev.
La raison de cet acharnement et de ces accusations mutuelles est évidente. Etant donné les circonstances, aussi bien pour Ianoukovitch que pour Timochenko, l'élection actuelle est à bien des égards l'ultime bataille.
Les partis se forment en Ukraine selon les mêmes principes qu’une activité commerciale. Celui qui perd l'élection perd la présidence, mais également la force politique.
D'ailleurs, le processus de mutation a déjà commencé. Les récents adversaires du Parti des régions au sein du bloc "Notre Ukraine-Autodéfense populaire" comprenant que s’ils restent dans la coalition avec le bloc Ioulia Timochenko (BIouT) ils seront écartés cherchent déjà à passer dans le camp de Ianoukovitch. L'un d'entre eux a même franchement reconnu: "Il n'y a là rien de personnel, ce n’est là que du business".
Le récent vote à la Rada suprême (parlement ukrainien) sur la démission de Iouri Loutsenko, le plus proche partisan d'Ioulia Timochenko, ex-ministre de l’Intérieur, a montré que la première ministre ne bénéficie pas de la majorité au parlement. Cela signifie que la variante envisagée (Ianoukovitch-président, Timochenko-première ministre) n’est plus d’actualité. Dans les conditions actuelles, si Ianoukovitch devient président, Timochenko ne sera que présidente de la fraction BIouT au parlement. Cela suppose la perte du pouvoir, de l'influence et, par conséquent, de la structure politique sur laquelle s'appuie Ioulia Timochenko depuis cinq ans.
Cela étant, il est intéressant de connaître quelle position occupera Viktor Iouchtchenko à l'issue du second tour. Si le décalage entre Ianoukovitch et Timochenko au second tour est grand (les sondages d'opinion confidentiels prédisent au leader du Parti des régions 12% à 15% de voix de plus qu'à Timochenko), le président actuel transmettra tranquillement ses pouvoirs à Ianoukovitch.
Le camp de Timochenko en est parfaitement conscient, c'est pourquoi il se pose pour tâche de réduire au maximum l’écart. Après le second tour, de longs procès judiciaires, des accusations mutuelles de fraude et, peut-être, le Maidan (nom du boulevard central de Kiev où s’était déroulée la « révolution orange ») attendent l'Ukraine. Mais celui-ci n'aura probablement pas l'envergure de 2004.
Les électeurs sont las et sont, dans leur majorité, déçus des révolutions. Mais, en cas de décalage minimal et avec de nombreux procès judiciaires, le président Viktor Iouchtchenko peut garder le pouvoir jusqu'au moment de l'annonce du verdict définitif.
Finalement, comme l'affirment certains experts ukrainiens, l'Ukraine aura trois présidents: celui qui viendra en tête de l'élection, le deuxième qui contestera les résultats du second tour et le troisième, Viktor Iouchtchenko, qui attendra la fin des délibérations entre les deux premiers. Et cela peut durer longtemps: deux, trois mois …
Il y a aussi un autre scénario possible. Et nombreux sont ceux qui le prévoient. Si le camp de Timochenko comprend qu'il lui est impossible de réduire le décalage avec Ianoukovitch, le dernier argument sera de faire échouer l'élection. Cela nécessitera le recours aux "observateurs géorgiens" et à d'autres spécialistes, par exemple, à ceux de l'Ukraine occidentale. Le sabotage de l'élection pourrait avoir plusieurs formes: le refus des présidents des commissions des circonscriptions électorales de signer les protocoles, les affrontements aux bureaux de vote, etc.
Personne ne peut prédire exactement comment s'achèvera le dernier stade de l'élection. Toutes les forces politiques, les experts, les états-majors des candidats et les journalistes attendent des événements importants mais imprévisibles. Dans un tel contexte, le transfert du pouvoir au vainqueur sans conflit s’avère un miracle irréalisable.
Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.