RIA Novosti

Merkel et Sarkozy décidés à vivre dans la concorde et l’amitié

18:09 05/02/2010

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy se sont rencontrés le 4 février à Paris et, selon l’expression en cours dans l’UE, ils ont «relancé le moteur franco-allemand».

 

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy se sont rencontrés le 4 février à Paris et, selon l’expression en cours dans l’UE, ils ont «relancé le moteur franco-allemand».

Il ont même scellé une sorte de contrat de mariage avec liste des biens en commun. Cette nouvelle Entente entre Berlin et Paris s’explique pour plusieurs raisons : la crise économique mondiale, la déception éprouvée par Sarkozy face à la "froideur" d’Obama (qui a refusé sa main tendue), les difficultés à faire ratifier le traité de Lisbonne au sein de l’UE, le mécontentement face aux "novices" de l’Est qui se montrent sans raison rétifs et exigeants, et l’appréhension de Sarkozy que Berlin ne se "rapproche" trop de Moscou.

Mais l’essentiel, c’est le constat (plus précisément, le rappel) que l’Allemagne et la France ont été et resteront les moteurs du développement de l’UE et de l’intégration européenne, et que personne ne les remplacera en la matière. Sans ces deux pays l’évolution s’interrompra ou, pire, prendra une direction qui ne leur conviendra pas.

Bien entendu, ni Merkel, ni Sarkozy n’en ont parlé ouvertement, mais le sens de la réforme des relations à l’intérieur de l’UE est parfaitement évident et l’allusion faite aux 25 autres membres est claire : soit vous vivez avec nous et comme nous, soit vous devrez nous rattraper. Ces deux dernières années, Paris et Berlin ont laissé entendre que l’Union européenne pourrait également aller de l’avant en vertu d’un principe de développement à "deux vitesses" : les membres les plus avancés en tête, et ceux de l’arrière qui ne seront pas d’accord … Bref, on verra ce qui en résultera. Mais, à en juger d’après ce qui s’est passé à Paris, c’est ce qui sera décidé sur les bords de la Spree et de la Seine qui comptera.

Lieber Nicolas et Chère Angela, ainsi qu’ils s’appellent toujours désormais, avaient sondé les voies de renouvellement de l’alliance franco-allemande depuis près de deux ans et ils l’ont officialisée au sommet du 4 février. La nouvelle réunion du conseil des ministres commun a adopté un agenda franco-allemand jusqu’à 2020. Cela signifie que la coopération s’intensifiera jusqu’à cette date. Le partenariat renforcé s’étend à tous les domaines du bon voisinage franco-allemand sans exception : l’économie, le commerce, les finances, le secteur bancaire, l’industrie, l’éducation, la culture, les sports, la reconnaissance mutuelle des certificats de mariage et même les jardins d’enfants bilingues. L’agenda du "redémarrage" gallo-teuton comporte 80 points concrets, ni plus ni moins !

Même un bref regard jeté sur les domaines énumérés permet de voir que la nouvelle coopération est tellement impressionnante que la lecture de tous ces 80 points suscite des idées désagréables, voire politiquement nuisibles. Par exemple, comment deux antagonistes de longue date de l’Europe continentale qui ont combattu l’un contre l’autre des siècles durant et qui ne se sont toujours pas débarrassés d’une aversion au niveau de la vie courante (on dit que tout ne va pas non plus sans accrocs au niveau politique) se sont-ils évertués à devenir partenaires à un tel degré, qui peut susciter l’admiration ? Alors que l’Union Russie-Biélorussie dont les deux membres n’ont jamais été en guerre et ont toujours vécu dans la paix, qui ont des racines ethniques communes, se trouve constamment soit au stade de réanimation, soit en train de subir des examens médicaux interminables ?

Les Conseils des ministres franco-allemands n’ont rien d’une nouveauté. Ils sont, en principe, le résultat direct du rapprochement amorcé sous le général de Gaulle : en 1963, il avait signé avec le chancelier Konrad Adenauer le traité de l’Élysée prévoyant des sommets réguliers et des consultations intergouvernementales. En 2003, à la veille du 40ème anniversaire du traité de l’Élysée, Paris et Berlin se sont entendus pour tenir des réunions "communes" entre les cabinets.

L’alliance franco-allemande (plus précisément ce qu’elle suppose) a toujours cloché, trébuché, s’est relevée, s’est renforcée et est de nouveau tombée, mais elle ne s’est jamais brisée. La France et l’Allemagne ont toujours été si attachées l’une à l’autre géographiquement et économiquement que même l’incompatibilité génétique n’a pu faire disparaître leur attachement mutuel.

Cet attachement s’était déjà manifesté sous la présidence de Jacques Chirac (1995-2007, prédécesseur de Sarkozy) et sous Gerhard Schröder (1998-2005, prédécesseur de Merkel). Leurs présidences avaient coïncidé avec les plus grands élargissements de l’UE : en 2004, lorsque presque tous les anciens pays socialistes d’Europe y avaient adhéré, ensuite, en 2007, lorsque la Bulgarie et la Roumanie y avaient été admises. De groupe des 15, l’UE s’était transformée en groupe des 27. Déjà à cette époque-là, la France et l’Allemagne avaient jugé nécessaire de faire quelque chose pour rester « plus égaux que les autres » au sein de l’UE. Certes, au début, l’hyperdynamique et ambitieux Sarkozy avait eu du mal à s’entendre avec Merkel, réservée.

La convergence actuelle ne signifie pas, bien entendu, que les chromosomes franco-allemands auront fusionné une fois pour toutes. Comme l’avait dit si joliment un conseiller de l’ex-président français Jacques Chirac : « Hélas, il est difficile de compter de nos jours sur une passion, mais le mariage de raison est toujours valide ». Et c’était justement à propos du nouveau rapprochement franco-allemand.

Certes, on ne peut pas dire que tout se passe comme sur des roulettes. Obsédé par son « image télévisée », Sarkozy a toujours tenté de faire aboutir ses projets au moyen d’idées inconsistantes mais avantageuses pour se faire de la publicité, par exemple, l’échange de ministres permanents (un ministre allemand au cabinet français et un ministre français au cabinet allemand), et même des ambassades communes. Les Allemands y ont poliment renoncé en invoquant l’aspect "inconstitutionnel".

L’ingéniosité diplomatique et l’énergie françaises jointes à l’ordre et la discipline allemands sont capables de faire frémir n’importe qui. C’est d’ailleurs déjà le cas.

A présent, de même que dans le passé, alors que pour la énième fois la France et l’Allemagne commencent à se rapprocher, un désarroi se fait ressentir dans les immenses étendues de l’Europe, de Lisbonne à Riga : contre qui (ou pour qui) se tisse ce nouvel amour ? Selon certains experts spécialisés dans l’UE, le plus grand danger de ce genre de rapprochement consiste en ce qu’il pourrait aboutir à l’apparition d’un camp adverse au sein de l’Union européenne. Les pays de l’UE ont du mal à croire que le partenariat franco-allemand vise non pas à s’assurer la domination de l’UE, mais à la faire progresser.

Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur.

© 2010 RIA Novosti