Débats
Ukraine: début de mandat tout schuss pour Ianoukovitch
Dossier: L'Ukraine après présidentielle 2010
Par Hugo Natowicz, RIA Novosti
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Formation rapide du gouvernement, mesures d’austérité, esquisse d’un retour de l’Ukraine sur la scène internationale… Le nouveau président ukrainien Viktor Ianoukovitch, aux commandes du pays depuis près de trois semaines, entame son mandat dans un climat qui tranche avec les joutes d’ego que l'on retiendra du règne de son prédécesseur pro-occidental Viktor Iouchtchenko.
C’est tout particulièrement dans la formation du gouvernement, obtenue à vitesse grand V, que le nouveau chef de l’Etat a démontré sa hardiesse politique, le parlement ayant confirmé sans atermoiements l’un des fidèles du président, Mykola Azarov, au poste de premier ministre. “La période de ruine est terminée”, s’est félicité M. Ianoukovitch à l’annonce de la nouvelle.
La manœuvre, certes, n’était pas sans nécessiter une modification des règles du jeu politique ukrainien qui avaient fait preuve de leur capacité de nuisance pendant le règne chaotique du “tandem orange”, marqué par les bras de fer constants entre M. Iouchtchenko et sa première ministre d’alors Mme Timochenko.
A l’initiative du président, le parlement ukrainien a adopté une loi facilitant la formation des coalitions au parlement, les députés pouvant désormais adhérer à une alliance de façon autonome. Décriée par l’opposition, la mesure n’en a pas moins permis de fournir au pays un gouvernement dans des délais records et de mettre en marche une politique.
Signe d’une volonté d’austérité alors que le pays traverse une grave crise économique, le président , lui même issu d'une famille modeste, a réduit de 50% son salaire et de 20% les dépenses de son administration. Il a en outre nommé en charge du volet économique un de ses opposants lors de la présidentielle, l’ancien chef de la banque centrale Sergueï Tiguipko, un homme d’expérience qui a su rallier les électeurs. Un message d’austérité et d’ouverture aux antipodes des guerres de clan passées, que devrait apprécier le peuple ukrainien alors que 20% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
Sur la scène internationale, l’Ukraine a immédiatement formulé des initiatives destinées à replacer le pays dans le jeu. M. Ianoukovitch a notamment proposé d’accueillir la cérémonie de signature du traité de réduction des armements stratégiques entre les Etats-Unis et la Russie, ce que cette dernière a accepté. S’agirait-il du signe qu’une Ukraine décomplexée est en train de naître, pont entre Occident et Orient au lieu d’être déchirée entre ces deux pôles géopolitiques?
Et pour faire mentir les médias occidentaux qui le soupçonnent de servir les intérêts de Moscou, M. Ianoukovitch a annoncé la tenue prochaine de négociations sur le prix du gaz russe livré à son pays, jugé trop élevé, en continuité avec la politique précédente. Des mesures impliquant la Russie ont également été annoncées dans ce domaine, notamment un projet de consortium gazier avec le groupe russe Gazprom et des sociétés européennes.
Sur fond d’instabilité économique et d’inimitié déclarée entre le président Iouchtchenko et les autorités russes, des joutes entre Moscou et Kiev ont provoqué ces dernières années des ruptures des livraisons gazières qui ont sapé la confiance de la communauté internationale, UE en tête, envers la fiabilité des deux pays.
Autre signe de l’indépendance de sa politique, le président Ianoukovitch a décliné l’offre du premier ministre russe Vladimir Poutine de rejoindre l’Union douanière de la Russie, du Kazakhstan et de la Biélorussie, qui selon lui entrerait en porte-à-faux avec l’adhésion durement gagnée par l’Ukraine à l’OMC.
Mauvaise perdante, la charismatique Ioulia Timochenko n’a toujours pas officiellement reconnu la victoire de son rival. S’enfermant dans une logique d’opposition systématique, elle a contesté la légitimité du gouvernement et déposé un recours auprès de la Cour constitutionnelle. Attisant la scission, elle a également annoncé la constitution d’un cabinet des ministres alternatif à celui approuvé par le parlement.
Un comportement qui contraste avec la réaction apaisée de la communauté internationale, notamment celle du président américain Barack Obama qui avait rapidement salué la victoire de M. Ianoukovitch.
Confirmation de cette tendance, l’ambassadeur américain en Ukraine John Tefft a fait savoir après la nomination du gouvernement que Washington attendait avec impatience de coopérer avec les nouvelles autorités du pays et espérait des progrès en matière de réformes.
Ni réellement "pro-russe", ni allergique à l'Occident, ce géant au caractère réservé pourrait tout simplement s'avérer être un authentique homme politique ukrainien, avec lequel les puissances semblent disposées à coopérer.

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