
Le président russe Dmitri Medvedev aura été le dernier dirigeant au monde à rendre visite à Angela Merkel (les 4-5 juin) avant la dure semaine qu’a connue la chancelière allemande à partir du 7 juin. La chancelière doit trouver un nouveau président pour remplacer Horst Köhler qui a démissionné fin mai. Elle doit aussi préparer le budget pour 2011. Ce budget prévoit les coupes les plus inouïes depuis la guerre dans les dépenses fédérales. Tout cela ne plait pas aux Allemands.
Cette année, le déficit devrait atteindre environ 86 milliards d’euros. Selon les estimations du ministère des Finances, l’Allemagne devra réduire son déficit de 10 milliards d’euros par an jusqu’en 2016 ! Il faudra pour cela renvoyer quelque 100 000 employés fédéraux et municipaux, fermer un grand nombre de piscines et de stades, réduire les dépenses pour l’entretien des routes, l’enseignement et la culture, les prestations sociales aux jeunes parents, les allocations chômage, et augmenter les impôts. Il faudra économiser sur tout. Et personne n’est prêt à cela. A qui cela pourrait-il plaire?
Angela Merkel a deux loisirs : l’opéra et les promenades en forêt.
Il n’y a eu pas d’opéra à la résidence gouvernementale au château de Meseberg, près de Berlin, où s’est tenue la première rencontre de travail avec Dmitri Medvedev. Mais ils se sont promenés, ce qui a permis à Angela Merkel d’oublier une pénible atmosphère de politique intérieure, les problèmes au sein de son propre parti, au parlement et dans le pays. La visite n’a pas connu de percées, d’ailleurs, elles n’étaient pas prévues. Elle s’est résumée aux négociations précédant les prochains sommets du G8 et du G20 qui se tiendront à Toronto (Canada) et aux consultations concernant le sommet russo-allemand d’Ekaterinbourg qui aura lieu en juillet prochain. Les visites de ce genre sont réconfortantes. Les journalistes n’ont appris aucune nouvelle sensationnelle. Medvedev et Merkel se sont entendus pour réfléchir à la création d’un Comité Russie-UE pour la politique extérieure et la sécurité au niveau des ministres : du côté russe, ce sera Sergueï Lavrov, du côté de l’UE, la haute représentante pour la politique étrangère Catherine Ashton.
La rencontre n’a pas éclairé la question des sanctions contre l’Iran. La Secrétaire d’État américaine Hillary Clinton avait affirmé le 18 mai que les Etats-Unis, la Russie et la Chine étaient, soi-disant, déjà parvenus à un accord sur les nouvelles sanctions, plus sévères, contre le programme nucléaire de Téhéran. Mais Medvedev est d’un autre avis. Selon lui, « si des décisions de ce genre sont prises, nous espérons que les démarches permettant de contrôler la situation par des mesures restrictives seront entreprises sur la base d’un consensus international et non pas en fonction des goûts et des préférences de tels ou tels pays ». « Soit nous sommes tous ensemble, soit nos approches commencent à diverger, ce qui ne serait pas juste », a déclaré le président russe. Bref, il ne semble pas y avoir de consensus.
A Meseberg, Dmitri Medvedev a qualifié l’euro de « bonne invention ». A présent, Angela Merkel devra œuvrer d’arrache-pied pour que la monnaie européenne se maintienne. Mais pour cela, il faut persuader les Allemands de renoncer à une partie de leur bien-être d’antan et de vivre « selon leurs moyens », c’est-à-dire d’économiser en vue de résorber le déficit et de stabiliser le cours de l’euro. C’est difficile, mais possible, bien que cela puisse coûter non seulement ses nerfs, mais aussi sa carrière politique à la chancelière d’Allemagne.
Il faut dire qu’Angela Merkel s’est toujours distinguée par sa capacité de s’adapter rapidement aux conditions changeantes. Jusqu’à maintenant elle a dirigé l’Allemagne avec succès, comme si elle était derrière un paravent à mélanger les recettes socialistes et conservatrices. Au final, apparaissaient des compositions qui, avec des efforts, bien sûr, convenaient aux sociaux-démocrates et aux capitalistes. À l’égard de l’économie, Angela Merkel était, entre autre, beaucoup plus à gauche que son prédécesseur, le social-démocrate Gerhard Schröder. Elle a repoussé les démocrates-chrétiens à gauche à un tel point que le parti s’est transformé en un rempart de conservatisme libéral (ou de socialisme conservateur) se plaçant au centre de la scène politique allemande. À vrai dire, à droite de sa propre coalition Frau Merkel a été critiquée pour un tel « déplacement des frontières ». Mais cela ne l’inquiétait pas vraiment.
Quand il est question, comme aujourd’hui en période de crise, du sort du pays et de son propre avenir politique (peut-être est-ce le plus important), tous les hommes politiques ont tendance à perdre leur « conscience idéologique ». Angela n’est pas une exception. Elle a stoppé tout ce que le socialiste Schröder aurait voulu faire : au lieu de réduire les dépenses sociales elle a augmenté les retraites, elle a permis la subvention des entreprises afin d’empêcher un licenciement massif et elle a instauré des mesures purement protectionnistes afin de sauver l’industrie automobile allemande. Mais maintenant elle devra faire marche arrière. Or, ici les perspectives sont pires les unes que les autres.
En Europe on blâme déjà l’Allemagne parce qu’Angela Merkel a trop attendu pour sauver la Grèce presque ruinée en provoquant la crise de l’euro. Mais si Merkel avait fermement refusé de le faire, la crise de l’euro aurait pu arriver plus tôt et plus rapidement. Et l’Allemagne aurait plus encore été détestée. Être détesté est le sort habituel de la plus grande puissance économique de l’Europe. À leur tour, les Allemands commencent à mépriser Angela Merkel parce qu’elle dépense de leur argent pour « racheter la Grèce ». Amincir son propre portefeuille, pour les bourgeois, est presqu’un péché mortel.
Et il faut encore chercher un président qui conviendrait et à la gauche, à la droite, et au centre. Selon la constitution, il doit être élu dans les trente jours suivant la démission, autrement dit, les élections devront avoir lieu le 30 juin. C’est la raison de la réunion du Bundestag (parlement allemand) et des représentants des seize états fédérés allemands. Parmi les candidatures possibles, on parle de Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances, d’Ursula von der Leyen, le ministre du Travail et de Christian Wulff, le premier ministre de la Basse-Saxe. On parle aussi de l’évêque Margot Kässmann, l’ancienne président du Conseil de l’Église évangélique allemande (protestante). Margot, qui est une femme exceptionnellement énergique et une philosophe libérale connue de la plus grande Église allemande, pourrait devenir la première femme-président du pays. À vrai dire, elle a un péché à confesser. Le 24 février elle a dû démissionner suite à son arrestation par la police pour conduite en état d’ébriété.
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