Débats
Le clown Oleg Popov, symbole de l’URSS

Par Sergueï Varchavtchik, RIA Novosti
L’Union soviétique disparue dans les oubliettes de l’Histoire a marqué les esprits par le mur de Berlin, les missiles intercontinentaux SS-20 et SS-18 surnommés Satan, mais également par le sourire de Iouri Gagarine, le nounours des Jeux Olympiques et la casquette à carreau du clown Oleg Popov. Les autres symboles ont disparu et ces derniers restant sont très lointains, encore qu’Oleg Popov, qui vit en Allemagne depuis très longtemps, fête ses 80 ans le 31 juillet.
Pourquoi a-t-il été l’un des symboles de l’URSS durant tant d’années? Après tout, il y avait d’autres clowns remarquables tels que Karandach (Mikhaïl Roumiantsev), Leonid Enguibarov, Iouri Nikouline et Mikhaïl Chouïdine.
À mon avis, cela est dû à l’image rayonnante, trouvée par Popov à une époque: un petit bonhomme joyeux avec une touffe de cheveux roux, portant un pantalon large à rainures et la fameuse casquette à carreaux. Contrairement aux personnages mélancoliques de Iouri Nikouline et de Mikhaïl Chouïdine, au «clown triste l’automne au cœur» de Leonid Eguibarov et à Karandach trop agité, notre héros a montré aux spectateurs un optimiste contagieux, se réjouissant des petites choses de la vie. Dans les contes de fées russes, ces qualités sont propres à Ivan le sot (l’un des personnages principaux des contes russes) chanceux et ingénieux, et aujourd’hui cela s’appelle une image positive et une approche positive.
Il faut prendre en compte que le début de carrière de Popov sur la scène internationale du cirque a coïncidé par chance avec la première tournée du cirque soviétique en Europe Occidentale, lors de sa visite triomphale en Grande-Bretagne, en France et en Belgique en 1958.
Popov lui-même l’a raconté «Lors de notre tournée, à Londres un des journaux a publié une critique intitulée : Un clown ensoleillé est apparu dans la brume de Londres ». L’image s’est avérée très marquante. En effet, un visage radieux apparaît soudain de derrière le «rideau de fer» qui séparait le bloc socialiste du reste du monde. De plus, Oleg Popov maîtrisait parfaitement les autres disciplines de l’art du cirque comme l’équilibrisme, l’acrobatie, la jonglerie et la parodie des autres numéros.
Toutefois, ce sont les entrées excentriques ne nécessitant – et c’est important- aucune traduction qui constituaient l’essentiel de l’art du « clown ensoleillé». Il suffit, par exemple, de se souvenir de l’une des meilleures reprises, Rayon, où Oleg Popov, à son entrée sur scène, tentait «d’apprivoiser» un rayon de lumière. Au début il se réchauffait les mains, et quand le rayon se déplaçait subitement, en laissant le clown dans l’obscurité, notre héros le poursuivait, en «caressant» craintivement cet être indomptable, s’efforçant de l’apaiser. À la fin de la scène, après le retentissement d’un signal alarmant, Oleg Popov, en frissonnant, «rétrécissait» le cercle de lumière en une petite tâche et le cachait dans son cabas en regardant avec crainte autour de lui. Ensuite, sous les rires des spectateurs, il quittait la scène avec le sac rayonnant dans ses mains.
Dans l’ensemble, Oleg Popov a proposé aux spectateurs, y compris occidentaux, un autre style de clownerie, plus lyrique et lumineux. Comme l’a écrit le journal de Bruxelles Week-end: «Aujourd’hui, un clown nous a montré quelque chose d’inhabituel. Comme tous les autres clowns, il faire rire mais il utilise d’autres méthodes et le rire dans la salle est différent».
Oleg Popov a mis un certain temps à trouver l’image du « clown ensoleillé », il avait commencé sa carrière en tant qu’excentrique sur la corde raide. Ensuite, dans le cirque de Saratov, on lui a proposé de remplacer pendant une semaine le clown Borovkine qui s’était cassé une côte. Depuis, il ne se voit pas dans un autre rôle.
La fameuse casquette est également apparue par hasard. Selon son propriétaire, il l’a trouvée dans les loges de Mosfilm. «J’ai vu une casquette abandonnée. Évidemment, je l’ai prise. Depuis je ne la quitte plus, elle est devenue ma marque de fabrication. Car le plus important pour un clown, c’est d’avoir une image unique. Malheureusement, les casquettes ne sont pas éternelles, j’en ai déjà usé près de trente», disait Oleg Popov.
Contrairement à Iouri Nikouline, Oleg Popov a peu travaillé au cinéma, en jouant principalement son propre rôle de clown. Il a préféré se concentrer sur le cirque mais à une époque il a participé avec joie à l’émission préférée des enfants Boudilnik (le Réveil).
Il a fait beaucoup d’expérimentations. Plus particulièrement, à une époque il se produisait en duo avec le peintre Alexandre Alechitchev. Oleg Popov choisissait dans le public les spectateurs le plus haut en couleurs et son partenaire, en quelques minutes littéralement, faisait leur caricature. Il y a eu des moments très drôles.
«Une fois, par exemple, j’avais trouvé comme "cobaye" un homme avec une chevelure rousse abondante. Alexandre l’a rapidement dessiné mais l’homme a secoué la tête en disant que cela ne lui ressemblait pas, et ensuite, sans que personne ne s’y attende, il a arraché la perruque de sa tête pour se retrouver entièrement chauve ! Il y a longtemps que je n’avais pas entendu un tel éclat de rire!», se souvient Oleg Popov, le sourire aux lèvres.
Il n’est pas étonnant que ce clown connu dans le monde entier ait reçu en 1981, en reconnaissance de ses mérites, le prix du «Clown d’or» au Festival international du cirque à Monte-Carlo, considéré officieusement comme la première arène pour les artistes de cirque du monde entier. La patrie socialiste lui avait décerné l’ordre de Lénine et l’ordre du Drapeau rouge du travail. En 2004, Oleg Popov s’est vu remettre «la Médaille d’honneur des talents artistiques», décernée par le musée international des artistes à Klosterfeld (Bavière) en Allemagne. Qui plus est, il a été le premier étranger à recevoir cette récompense.
En 1991, lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, Oleg Popov a décidé de pas revenir. Il explique cela par le fait que pendant la tournée en Allemagne, son impresario argentin l’a laissé tombé sans l’avoir payé et en le laissant sans moyens de subsistance. Mais comme on dit, à tout malheur quelque chose est bon. Un mois plus tard, il a rencontré des partenaires hollandais qui lui ont proposé un nouveau contrat. Et ensuite Oleg Popov s’est marié avec une Allemande et vit depuis longtemps dans une petite ville près de Nuremberg. Il joue sur scène de temps en temps et la presse locale ne l’appelle plus le «clown ensoleillé» mais le «joyeux Hans».
Les temps ont changé.
Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur

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