Débats
L’abaissement de la note du FESF complique la sortie de crise
Dossier: Crise financière mondiale
Par Maria Selivanova, RIA Novosti
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L’abaissement d’un cran de la note de crédit à long terme du Fonds européen de stabilité financière (FESF) par l’agence de notation américaine Standard & Poor’s (S&P) trois jours après l’abaissement de celle de neuf pays de la zone euro fera grimper le prix du sauvetage des économies du Vieux Continent, estiment les experts.
Dans ce contexte, les hommes politiques européens critiquent de plus en plus les agences de notation, en arguant qu’elles s’appuient sur des critères flous pour sélectionner les entités dont la note de crédit est revue à la baisse.
Le 16 janvier, la note de crédit du FESF a été abaissée d’un cran, de AAA à AA+, annonce le communiqué de l’agence. Ce fonds (d’environ 440 milliards d’euros) finance l’aide des pays européens en difficulté, notamment le Portugal et l’Irlande.
La note de crédit du FESF est rattachée aux notes de crédit souveraines de plusieurs pays européens. Auparavant, l’agence faisait remarquer qu’elle diminuerait la note de crédit du FESF jusqu’à la note la plus basse parmi les pays garants du fonds. La S&P a abaissé les notes de crédit de deux pays garantissant l’émission des obligations du FESF (l’Autriche et la France) à AA+. Le 13 janvier, les notes de crédit de sept autres pays des 17 membres de la zone euro ont été revues à la baisse. Par ailleurs, l’agence a établi une perspective "variable", autrement dit, dans les deux prochaines années les notes de crédit de ces pays pourraient aussi bien augmenter que diminuer.
La S&P a noté que les autorités de l’Union européenne prenaient des mesures insuffisantes pour remédier à la crise de la dette dans la zone euro.
AA+, la nouvelle note maximale
Les experts soulignent la logique de l’abaissement de la note de crédit du FESF. "Si la réputation des garants du FESF diminue, il est logique que la note de crédit du Fonds européen de stabilisation financière baisse également", a déclaré à RIA Novosti Sergueï Karykhaline, analyste en macroéconomie de TKB Capital.
"Les agences de notation abaissent généralement la note de crédit d’un pays, puis de tout ce qui est présent dans ce pays", a déclaré à RIA Novosti Ioulia Tsepliaeva, chef économiste pour la Russie à BNP Paribas.
Mais la note de crédit AA+ est très élevée, même si elle n’est pas maximale, a expliqué à RIA Novosti Vladimir Braguine, directeur d'analyse des marchés financiers et de la macroéconomie de la société Alfa Capital. "Tout le monde est habitué à voir qu’il existe une note de crédit maximale et toutes les autres, mais l’histoire a montré que c’est une mauvaise approche, déclare-t-il. AA+ signifie que la probabilité d’apparition de problèmes à l’avenir est très faible, mais est à peine plus élevée que AAA."
Toutefois, Ioulia Tsepliaeva craint que les notes de crédit des puissances européennes, et par conséquent celle du FESF, continuent de chuter. "A l’heure actuelle, la question est de savoir jusqu’où le processus d’abaissement des notes de crédit peut encore aller, déclare-t-elle. Il n’est pas encore achevé, et, par exemple, l’Allemagne n’est pas à l’abri: l’année 2012 sera très difficile pour Berlin en raison d’un ralentissement économique important."
L’argent coûtera plus cher
"Les emprunts contractés par le FESF seront plus coûteux, par conséquent le prix du sauvetage de l’économie de la zone euro augmentera: telle est la principale conséquence de l’abaissement de sa note de crédit", déclare à RIA Novosti Dmitri Mirochnitchenko du Centre de développement de l’université nationale de recherche du Haut collège d’économie. Les obligations des pays en difficultés devront être placées à un taux d’intérêt plus élevé. "Ainsi, les économies en difficulté qui utiliseront l’argent du FESF devront payer plus aux acheteurs d'obligations", a expliqué Dmitri Mirochnitchenko.
Vladimir Braguine fait remarquer que l’abaissement de la note de crédit pourrait conduire à l’augmentation des réserves obligatoires. "Lorsque la note de crédit diminue, les banques qui détiennent ces obligations doivent augmenter les réserves déposées pour des pertes éventuelles", a-t-il expliqué.
De plus, certains de fonds ne peuvent pas acheter d'obligations avec une note de crédit qui n’est pas maximale, ce qui conduit à la diminution de la demande de bonds.
La diminution de cette note de crédit a également des conséquences psychologiques. L’Europe aspire à unir les économies de la zone euro, or les agences de notation disent à certaines d’entre elles qu’elles ne se portent pas très bien, explique Dmitri Mirochnitchenko.
Mais la situation économique générale en Europe a plus d’importance, a expliqué Sergueï Karykhaline. "Si elle s’améliore, les investisseurs ne feront pas attention à la note de crédit des obligations, qu’elle soit AAA ou AA+", a-t-il précisé.
L’abaissement d’un cran de la note de crédit du FESF par une agence de notation ne change rien dans l’ensemble, mais aux yeux des investisseurs c’est le signal indiquant qu’il faut être prudent avec les obligations, déclare Vladimir Braguine. "Si une agence de notation a abaissé la note de crédit, d’autres pourraient également le faire, et pas seulement d’un cran", a-t-il expliqué.
Toutefois, Dmitri Mirochnitchenko a expliqué à RIA Novosti qu’en dépit de l’abaissement de la note de crédit, les obligations du FESF ne deviendraient pas moins attrayantes pour les investisseurs. "L’abaissement de la note de crédit est une sorte de reconnaissance du fait que dans le monde il ne reste plus d’obligations sans risques", constate-t-il. Ainsi, ce n'est plus AAA, mais AA+ qui sera désormais considérée comme la note maximale."
Les notes de crédit en tant qu’instrument politique
La décision récente des agences de notation suscite beaucoup de critiques. Le fait est que les principales agences de notation soit appartiennent intégralement au capital américain, soit sont contrôlées par lui. Les actions des agences de notation empêchent les pays européens de lutter efficacement contre la crise. C’était le cas en Grèce et au Portugal.
Ceux qui critiquent les démarches des agences de notation estiment que leur objectif vise à pousser les gouvernements européens à rembourser les dettes de tous les pays de la zone euro en difficulté. Cela aiderait les banques américaines qui détiennent les obligations européennes. Et le rétablissement de l’euro permettrait à l’économie américaine d’accroître ses exportations vers l'UE. Mais les Européens déclarent ouvertement qu’en abaissant les notes de crédit les agences de notation font de la politique, fait remarquer Ioulia Tsepliaeva.
Par exemple, après l’abaissement de la note de crédit de neuf pays européens par la S&P, Michael Fuchs, vice-président de la coalition parlementaire CDU/CSU, a déclaré: "La S&P doit arrêter de jouer au politicien. Pourquoi n'intervient-elle pas pour les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, deux pays surendettés? Si l’agence dégrade la France, elle doit également dégrader la Grande-Bretagne pour rester cohérente."
Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a également déclaré qu’il fallait commencer par dégrader le Royaume-Uni dont le déficit est plus important et qui a autant de dettes que la France, alors que son taux d'inflation est plus élevé et que sa croissance est plus faible qu'en France.
Toutefois, les experts expliquent le refus des agences de changer la note de crédit du Royaume-Uni par l’existence de sa propre monnaie, contrairement à la France. "Contrairement à la France, qui ne peut pas mener de politique monétaire indépendante, le Royaume-Uni a la possibilité de le faire, et cette politique est bien plus souple, a expliqué Ioulia Tsepliaeva. C’est la raison pour laquelle la note de crédit de la Grande-Bretagne suscite bien moins de questions que celle de la France auprès des agences."
La Grande-Bretagne est un allié fidèle des Etats-Unis, et il serait politiquement incorrect de revoir sa note de crédit, ajoute Dmitri Mirochnitchenko. "De plus, Londres est un centre financier mondial, et l’abaissement de sa note de crédit pourrait avoir un effet négatif sur les investisseurs", a-t-il fait remarquer. Les finances pourraient s’en aller vers des endroits plus calmes.
La lutte pour la réputation
Toutefois, l’abaissement actuel des notes de crédit n’est pas seulement une action politique, souligne Ioulia Tsepliaeva. C’est également une tentative des agences pour montrer leur efficacité et faire oublier le maintien des notes élevées des structures en difficulté à la veille de la crise financière de 2008. "Mais si en 2008 les agences ont "loupé" la crise, cette fois, elles en deviennent pratiquement les initiatrices, ce qui provoque une critique croissante", déclare-t-elle.
A l’heure actuelle, les agences de notation doivent regagner la confiance qui leur était accordée, c’est-à-dire avoir une approche plus sévère en établissant les notes de crédit, déclare Vladimir Braguine. Le fait est qu’actuellement l’approche plus stricte va à l’encontre de la volonté des gouvernements et des organismes régulateurs qui cherchent à régler les problèmes de la dette. "Car lorsque vous avez de mauvaises obligations, il est préférables qu’elles paraissent bonnes afin de pouvoir travailler avec elles, a-t-il expliqué. Les mauvaises obligations qui paraissent également mauvaises ne font qu’augmenter les problèmes."
Les indices formels et la situation économique influent également sur les notes de crédit. "L’abaissement de la note de crédit de la France reflète la réalité objective: l’économie française n’est pas suffisamment forte pour bénéficier de la note AAA", a expliqué Dmitri Mirochnitchenko.
En revanche, ce sont des facteurs subjectifs qui ont influencé l’abaissement le 16 janvier par l’agence Fitch de la perspective de la note de crédit souverain de la Russie qui est restée au niveau BBB.
"Du point de vue des indices objectifs, la Russie se porte bien en termes de croissance économique, d’équilibre budgétaire et de dette publique, a expliqué Sergueï Karykhaline. En abaissant cette perspective l’agence a tenu compte des facteurs subjectifs: les risques politiques accrus et le ralentissement de la croissance économique."
Toutefois, si les prix du pétrole ne s’effondrent pas, la Russie a très peu de chances de voir sa note de crédit diminuer, a déclaré l’expert.
L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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