La Russie vue par la presse francophone
Revue de la presse francophone du 9 novembre
Le Monde
Nucléaire : les pressions diplomatiques s'intensifient sur le régime iranien
La pression occidentale s'accentue pour dissuader l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire. La diffusion d'une information jusqu'alors confidentielle, suivant laquelle Téhéran a testé des composants d'ogive à "double implosion", une technologie militaire sophistiquée, souligne l'urgence d'une solution diplomatique.
Selon le quotidien britannique The Guardian du vendredi 6 novembre, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a demandé des explications à l'Iran au sujet d'expériences sur des explosions multiples synchronisées, qui ont peut-être été menées avec l'aide d'un expert russe. Une fois maîtrisée, cette technique sensible - classée secret défense aux Etats-Unis - permettrait de fabriquer des têtes nucléaires plus petites et plus faciles à adapter que les modèles classiques, par exemple aux missiles Shahab-3, que Téhéran a développés ces dernières années.
L'Iran soutient que ces tests ont aussi une application civile, ce que contredisent les experts. Cette information ne figurait pas dans les précédents rapports de l'Agence, faute de conclusions définitives. Elle provient d'un document interne de travail sur les "possibles dimensions militaires du programme nucléaire iranien", alimenté par les experts de l'AIEA comme par les services de renseignement occidentaux.
D'autres extraits du document de travail avaient filtré, mais ils ne mentionnaient pas les explosions synchronisées. Cette nouvelle "révélation" intervient au lendemain de la saisie, par Israël, d'une cargaison d'armes iraniennes destinées au Hezbollah libanais, et dans un moment de forte tension entre Téhéran et les pays occidentaux.
Les chances d'éviter une crise majeure s'amenuisent. Depuis plus de deux semaines, l'AIEA attend une réponse écrite de Téhéran à son offre, datée du 21 octobre, de fournir du combustible pour le réacteur de recherche iranien. Approuvé par les Etats-Unis, la France et la Russie, ce projet d'accord est une mesure de confiance pour maintenir ouvertes les voies d'une négociation globale dans laquelle Téhéran rechigne à s'engager. Car il lui faudrait livrer en échange la plus grande partie de l'uranium qu'il a faiblement enrichi, donc accepter de retarder un programme militaire dont il a toujours nié l'existence.
Le but est d'obtenir un répit d'environ un an, pour permettre à l'Iran et aux Etats-Unis d'amorcer un dialogue, a expliqué au New York Times le directeur général de l'AIEA, Mohamed ElBaradei, qui quittera son poste le 30 novembre. Il assure que ses enquêteurs n'ont rien découvert d'inquiétant, fin octobre, dans le site souterrain construit par l'Iran près de Qom.
Les réactions iraniennes ne sont guère encourageantes. Le guide suprême de la révolution, l'ayatollah Ali Khamenei, a affirmé que son pays refuserait tout "diktat" de Washington sur le dossier nucléaire. Pour le ministre des affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, l'option de l'échange reste sur la table, mais les Occidentaux doivent endurer un nouveau round de discussions. Enfin le président Mahmoud Ahmadinejad a annoncé à la télévision turque, vendredi, que l'Iran préférait acheter son combustible à l'étranger.
Le Figaro
Le Bon chemin
Le 10 novembre 1989, des Berlinois dansent et chantent debout sur le mur de Berlin, devant la porte de Brandebourg. Crédits photo : AP
Vingt ans après la chute du mur de Berlin, que reste-t-il du communisme européen ?
Rien.
Une belle, une magnifique idée de société sans classe où chacun reçoit selon ses besoins a engendré la répression sanglante, le goulag, le totalitarisme, l'anéantissement des âmes et l'écrasement des peuples, le délabrement de l'économie.
Alors, depuis cet instant inouï de bonheur du 9 novembre 1989, qu'avons-nous fait de ces vingt ans ?
Certes, l'Europe postcommuniste n'a pas produit une société idéale où le respect scrupuleux des droits de l'homme voisinerait avec la prospérité économique. Cependant, il vaut mieux vivre dans la Russie de Medvedev et Poutine que dans celle de Staline et Brejnev. Les Polonais, les Roumains, les Tchèques et les autres n'ont pas atteint la béatitude mais ils ont progressé dans la voie de la liberté et du progrès économique et social. Les Balkans n'ont pas retrouvé une totale sérénité mais les peuples de l'ex-Yougoslavie, aidés par l'Occident, se sont débarrassés de leur dernier tyran.
L'Allemagne, forte et réunifiée, hésite, par moments, entre l'Union européenne et l'attirance forte qu'exerce sur elle la Russie, mais elle n'abandonne pas son lien privilégié avec la France pour effacer le passé et préparer l'avenir de notre continent.
Vingt ans après la chute du Mur, l'Europe est encore loin du bonheur mais elle a choisi le bon chemin. Celui de la paix, de l'unité et de l'économie de marché.
Renault contraint à la course de lenteur en Russie
Mais où est donc passé le « cost killer » ? Lorsqu'il avait été dépêché à Tokyo en 1999 au chevet de Nissan, Carlos Ghosn n'avait pas hésité à sortir la hache et à jouer la carte de l'urgence : suppression de 21.000 postes dans le monde, division par deux du nombre de fournisseurs, fermeture de trois usines de montage au Japon… Un remède de cheval pour une entreprise très malade. Malade, le russe AvtoVAZ ne l'est pas moins aujourd'hui, miné par l'effondrement des ventes de voitures dans son pays (- 55 % en un an) et par des pertes attendues de 800 millions d'euros cette année. La cessation de paiements n'est pas loin. Mais autres temps, autres moeurs : le patron français, qui ne contrôle cette fois avec Renault que 25 % de son allié russe et doit composer avec la tutelle omniprésente du Kremlin, a choisi de ne pas bousculer ses partenaires et de donner du temps au temps. Le pied sur le frein plutôt que sur l'accélérateur. Dégraisser les coûts sur les chaînes des célèbres Lada, certes, mais pas trop vite. La Russie n'est pas le Japon, ni même la Roumanie, où Renault a jadis sauvé du naufrage le constructeur local Dacia, pour en faire la plate-forme industrielle de la Logan. « La restructuration va se faire dans un contexte difficile. Sa conclusion devrait être envisageable vers juin 2010, plutôt qu'à la fin décembre 2009 comme l'imaginaient certains », avance Christian Estève, directeur général de Renault Russie et administrateur d'AvtoVAZ, qui joue les « go between » entre le siège de Renault et le gouvernement russe. « Il a été suggéré ici où là que l'on pourrait sortir de l'entreprise les effectifs excédentaires avant le 31 décembre… mais cela provoquerait une révolution à Togliatti ! », plaide-t-il.
Cette ville nouvelle des bords de la Volga abrite l'énorme combinat industriel d'AvtoVAZ, soit près de 100.000 employés, et en dépend quasi exclusivement. Un peu comme Peugeot à Sochaux, mais multiplié par 100. La question des sureffectifs, c'est bien ça la bombe à retardement. Vladimir Poutine a beau avoir fait cette année le déplacement à Togliatti, pour écarter le spectre d'« un scénario à la GM », les experts semblent d'accord sur la présence de 27.000 personnes excédentaires dans l'entreprise. La chute des ventes et la fermeture des chaînes pendant l'été n'ont rien arrangé. Déjà, comme par enchantement, ce nombre a été ramené à 21.000. Or, malgré l'explosion des coûts fixes, rien ne presse. « Car il ne faut pas reporter le problème social à l'extérieur », insiste l'ambassadeur de Carlos Ghosn. S'il veut s'alléger, AvtoVAZ devra sortir de son périmètre deux séries de salariés : les « activités sociales » (le constructeur coiffe tout dans la ville, des crèches aux piscines en passant par les hôpitaux) et les activités hors du coeur de métier, comme l'injection plastique, les fonderies ou les fabrications de roues. Mais avant d'oser envisager des licenciements, le gouvernement russe tient à recréer de nouveaux emplois dans la région de Togliatti. Pour cela, il a prévu une enveloppe de 4,8 milliards de roubles (environ 110 millions d'euros). En attendant la mise en place de ces « vases communicants », AvtoVAZ se contentera donc de renvoyer chez eux seulement 5.000 préretraités et retraités. Car, anecdote comme il en fourmille dans le pays, il n'est pas anormal qu'un salarié continue à fréquenter les lignes d'assemblage après sa retraite légale…
Autre gros sujet qui dépasse largement l'actionnaire français : l'énorme endettement d'AvtoVAZ (environ 1,4 milliard d'euros), qui concerne principalement les banques publiques Sberbank, VTB et l'Etat. Ceux-ci risquent de perdre leur mise, via un plan de rééchelonnement drastique. « Les créanciers devront se montrer compréhensifs », déclarait cette semaine Vladimir Poutine. En attendant, tout ceci complique les discussions avec Renault, qui ne veut pas apporter de cash dans le sauvetage du constructeur de la Volga. Celui-ci va plutôt procurer une aide technique, en rénovant la principale ligne d'assemblage, en mettant en place une procédure qualité « à l'occidentale » au royaume des Lada et en confiant à son partenaire cinq modèles différents basés sur la plate-forme de la Logan. Aide en nature valorisée à 240 millions d'euros. « Il faudra plusieurs allers-retours avec la partie russe avant d'avoir quelque chose de viable », convient Christian Estève. Chez Nissan, Carlos Ghosn avait les pleins pouvoirs. Chez AvtoVAZ, son représentant doit téléphoner chaque jour au PDG, Igor Komarov, le seul habilité à signer les « prikazes » (les ordres), pour s'assurer que quelques-unes de ses suggestions descendent dans la hiérarchie de l'entreprise. Mais le plus important est ailleurs : « Aujourd'hui, les esprits ont évolué. Les Russes savent qu'il faut restructurer, qu'ils ne pourront s'en sortir sans remise en question importante de leur façon de travailler », dit-il.

Ajouter à mon blog
Afin d'insérer un lien vers cet article, veuillez copier le code suivant dans votre blog
Code publication:
Prévisualisation:




Twitter
Wikio
Viadeo






