
Les Echos
EDF étudie un partenariat nucléaire avec le russe Rosatom
Les deux groupes envisagent de créer une alliance pour proposer ensemble des nouveaux réacteurs à des pays tiers. Henri Proglio et Sergueï Kirienko ont évoqué le sujet hier, en marge de la Conférence sur l'accès au nucléaire civil.
Alors que les relations entre EDF et Areva sont particulièrement tendues, l'électricien tricolore veut explorer des pistes de coopération avec Rosatom, le grand concurrent Russe du groupe présidé par Anne Lauvergeon. « L'idée est de transformer la collaboration existante entre EDF et Rosatom en une coopération stratégique dans un contexte international », déclare Sergueï Novikov, directeur de la communication de Rosatom. Chez EDF, on préfère parler de collaboration élargie. Le but est de créer une alliance pour proposer ensemble des nouveaux réacteurs à des pays tiers, c'est-à-dire hors de leur propre marché domestique. Ils travailleraient notamment sur la base du réacteur Russe VVER, rival direct de l'EPR.
Henri Proglio, le nouveau patron d'EDF, a parlé du sujet hier avec son homologue Russe Sergueï Kirienko, en marge de la Conférence internationale sur l'accès au nucléaire civil. Des discussions plus approfondies vont maintenant commencer. Henri Proglio a déjà signé un accord avec Gazprom pour participer au gazoduc South Stream. François Roussely, l'ancien président d'EDF à qui Nicolas Sarkozy a confié une mission sur l'avenir de la filière nucléaire, est lui aussi très attaché à développer une coopération dans ce domaine avec la Russie.
De son côté, Rosatom a annoncé il y a un an une alliance avec l'allemand Siemens, avec lequel il souhaite détrôner Areva.
Avant de se lancer avec le géant Russe, le producteur allemand de turbines avait essayé de se renforcer dans la coentreprise de réacteurs qu'il gère avec Areva.
Mais l'Etat français n'avait pas accédé à ses demandes. Aujourd'hui, les deux entreprises négocient leur divorce.
Participant hier à la conférence organisée par la France et l'Agence internationale de l'énergie atomique, Anne Lauvergeon a toutefois donné l'impression d'être ouverte à des partenariats, y compris avec Rosatom. « L'avenir du nucléaire passe par les partenariats », a-t-elle déclaré lors d'une table ronde à laquelle elle participait au côté de Sergueï Kirienko. Outre les partenariats avec les Etats, les sociétés civiles ou les clients, elle a insisté sur ceux avec ses « concurrents » :« Parce que si nous voulons aller plus vite, plus loin », cela a du sens de le faire ensemble.
Grandes manoeuvres
Les relations entre la France et la Russie sont déjà fortes dans l'atome civil. Rosatom fournit à EDF des services d'enrichissement, au grand dam d'Areva, qui aimerait exploiter encore deux ans son usine d'enrichissement Eurodif pour le compte de l'électricien public. Par ailleurs, EDF étudie des projets de développement communs en Russie et dans d'autres pays avec Inter RAO, un producteur Russe d'électricité contrôlé à 60 % par Rosatom. L'électricien tricolore achète également des combustibles à son partenaire Russe, avec lequel il négocie par ailleurs une participation dans un projet minier d'uranium.
Ces grandes manoeuvres interviennent alors que la concurrence s'organise pour profiter de la renaissance attendue de l'atome civil. Fin décembre, la Corée du Sud a remporté à la surprise générale un contrat de 20 milliards de dollars aux Emirats arabes unis à la barbe de la France et du duo GE-Hitachi. « Aujourd'hui, le marché ne choisit que sur le critère du prix », a regretté hier Nicolas Sarkozy. Le président a du coup proposé qu'un organe indépendant, sous l'égide de l'AIEA, « classe les réacteurs proposés sur le marché selon le critère de sûreté ».
La Croix
EDF étudie un partenariat nucléaire avec le Russe Rosatom
La Cour européenne des droits de l’homme examine la plainte des anciens dirigeants du numéro un Russe du pétrole. Son ex-patron, Mikhaïl Khodorkovski, est en prison depuis 2003.
Près de sept ans après le début de l’affaire Ioukos, la saga politico-judiciaire autour de la compagnie pétrolière Russe se joue désormais à Strasbourg. À la Cour européenne des droits de l’homme. Bien loin de la prison où, en pleine Sibérie, Mikhaïl Khodorkovski, l’ex-patron milliardaire, a passé l’essentiel de son temps depuis son arrestation en 2003. Ses collègues, anciens dirigeants du groupe désormais liquidé, accusent l’État Russe d’avoir mené une « expropriation d’État ». Pour réparation, ils réclament 98 milliards de dollars (67 milliards d’euros). Une demande record à Strasbourg.
Les juges de la Cour européenne doivent examiner les plaintes pour atteintes au droit de propriété et au droit à un procès équitable pendant les poursuites fiscales (plus de 30 milliards d’euros d’arriérés) qui ont réduit Ioukos, leader de l’or noir Russe, à la faillite en 2007. Rappelant que le fisc reprochait au groupe d’avoir caché des bénéfices via des sociétés écrans, les représentants de la Russie à Strasbourg défendent le droit à recouvrer l’impôt.
Mais Ioukos accuse le Kremlin d’avoir, sous la présidence de Vladimir Poutine, orchestré ces poursuites fiscales. Afin d’écarter un potentiel concurrent politique qui, alors homme le plus riche de Russie, finançait des partis d’opposition et prônait des réformes libérales. Mais aussi afin de dépecer son entreprise au profit d’un groupe public.
Construit au fil des controversées privatisations des années 1990 et devenu une société louée pour sa gestion à l’occidentale, Ioukos a vu l’essentiel de ses actifs repris par Rosneft, devenu ainsi le plus important groupe pétrolier public. En décembre 2004, au cours d’enchères qualifiées de « farce » par les observateurs indépendants, il a notamment récupéré le joyau parmi les gisements de Ioukos, triplant d’un seul coup sa production. « Une expropriation déguisée… L’objectif des autorités était de détruire Ioukos », a affirmé jeudi à Strasbourg Piers Gardner, avocat des ex-dirigeants de Ioukos.
Après avoir réussi à faire repousser l’audience (une première fois parce que le juge Russe devant la Cour devait être changé, une deuxième fois parce qu’il était souffrant), les représentants de Moscou à la Cour rejettent l’essence même de la procédure au motif que Ioukos n’existe plus juridiquement en Russie. Même si elle peut revenir sur ce point dans sa décision sur le fond, la Cour avait déjà tranché positivement sur la recevabilité. « Cela pourrait finir par un accord à l’amiable. Avec paiement de compensations – mais pas 100 milliards de dollars ! Et libération de Khodorkovski – mais pas à temps pour la présidentielle de 2012… », prévient le politologue Evguenï Gontmakher.
« Un accord est possible. D’ici là, le Kremlin va jouer la montre. Mais, contrairement aux procès en Russie, il n’a pas la maîtrise du processus », insiste Emmanuel Gaillard, avocat des principaux actionnaires de Ioukos qui, dans une procédure séparée au tribunal arbitral de La Haye, poursuivent aussi l’État Russe. Des procès internationaux que suit de loin Mikhaïl Khodorkovski, condamné en 2005 à huit ans de prison pour escroquerie et évasion fiscale. À Moscou, il est de nouveau poursuivi, cette fois pour « détournement et revente illégale de pétrole ». Il risque jusqu’à vingt-deux ans supplémentaires derrière les barreaux.
La Tribune
La Russie a lancé à son tour sa prime auto à la casse
En Russie, il est désormais possible d'échanger son vieux véhicule pour obtenir une prime de 50.000 roubles (1.200 euros). Cette somme sera versée uniquement pour les acheteurs d'une voiture fabriquée en Russie ou de marque russe.
Après les pays européens, c'est au tour de la Russie de lancer, ce lundi, le principe d'une prime à la casse. Comme annoncé en janvier dernier, la Russie met en place ce dispositif dans l'objectif de relancer les achats de voitures neuves et renouveler le parc automobile du pays.
Ce dispositif est prévu pour durer jusqu'au 1er novembre 2010. Le gouvernement offre un rabais de 50.000 roubles (1.200 euros) à ceux qui restituent leurs véhicules de plus de 10 ans (dont il doit être le propriétaire depuis au moins un an) pour acheter une voiture neuve de marque russe ou fabriquée en Russie.
Près de dix milliards de roubles (235 millions d'euros) seront consacrés au financement de ce projet. Il devrait permettre de racheter au maximum 200.000 véhicules, avait précisé le ministre de l'Industrie et du Commerce, Viktor Khristenko, lors d'une rencontre télévisée avec le Premier ministre, Vladimir Poutine, en janvier dernier.
Le marché russe de l'automobile n'a pas été épargné par le ralentissement économie mondial. Le pays subit une crise sans précédent dans ce secteur.
D'ailleurs, le plus grand constructeur automobile russe, Avtovaz, fabricant de la Lada (et dont Renault détient 25% du capital) a été très affecté par la crise. Il aurait même frôlé la faillite. Le gouvernement avec ce dispositif de prime devrait soutenir les ventes de son "fleuron national" Avtovaz. Il pourrait aussi profiter à Dacia, la filiale roumaine low cost (à bas prix et bas coûts), de Renault qui produit en Russie sa fameuse Logan et va y fabriquer à l'avenir sa nouvelle Sandero.
Solidarité et Progrès
Russie : Londres tente une OPA sur la politique du Président Medvedev
Le même groupe qui, dans les années 90, avait démoli l’économie russe en lui appliquant les recettes d’un monétarisme radical venant de Londres, tente actuellement de prendre le contrôle de la politique de « modernisation et d’innovation » lancée par le Président russe, Dmitri Medvedev, en mai 2009.
Cette politique, dont les priorités sont très intéressantes par ailleurs – améliorer l’efficacité énergétique, moderniser le programme nucléaire, développer les technologies de l’espace en mettant l’accent sur les télécommunications et développer un secteur pharmaceutique et d’équipement de diagnostic médical – risque d’être gâchée par l’activisme de ce groupe dont la figure centrale est l’ultralibéral Anatoli Tchoubaïs, chargé du développement des nouvelles technologies de la communication au sein de ce programme. Il s’agit bel et bien du même Tchoubaïs qui, en tant que « jeune réformateur » au sein de la présidence de Boris Eltsine dans les années 90, avait organisé la grande braderie de l’industrie russe. Ecarté du cabinet après la débâcle financière de 1998, il s’est depuis totalement relooké. Se faisant volontiers l’avocat des conceptions de l’« empire libéral », qu’il défend ouvertement dans ses écrits, il se présente comme expert en gestion d’entreprises et intermédiaire incontournable de l’industrie high-tech et de la recherche de niches lucratives pour les produits russes sur les marchés.
Au cours d’une discussion avec Vladimir Poutine, le 2 février dernier, portant sur les opérations de Rosnano, l’entreprise de nanotechnologies qu’il dirige, son lyrisme en faveur de ce qu’il appela des « secteurs entiers qui n’avaient jamais existé auparavant et qui naissent désormais devant nos yeux » – comme la production de batteries solaires – a été tel que Poutine s’est permis de le recadrer, lui demandant de s’intéresser plutôt « à notre propre économie et à nos besoins actuels » dans « des domaines très importants tels que les nouveaux matériaux et la microélectronique ».
Dans l’équipe de Tchoubaïs, on retrouve aujourd’hui les membres de la clique qui avait pris le contrôle du gouvernement russe fin 1991, tels le bras droit de feu Egor Gaïdar, Vladimir Mau, devenu aujourd’hui recteur de l’Académie de l’économie nationale du gouvernement russe. Tous avaient été formés au monétarisme pur et dur par la Société du Mont-Pèlerin. Pour comprendre comment ce groupe fut recruté par l’Institut des affaires économiques de Lord Harris, durant l’ère de la Perestroïka de Gorbatchev à la fin des années 80, et comment ils furent endoctrinés dans les pratiques monétaristes les plus infâmes au cours de séminaires organisés en Hongrie, en Grande-Bretagne, à Harvard et à l’Université de Chicago, nous conseillons à nos lecteurs de relire l’article paru dans l’Executive Intelligence Review du 6 septembre 1996, intitulé « Les amis de l’IRI en Russie ».
Tout un groupe de représentants de haut niveau de l’Etat russe, parmi lesquels Alexeï Koudrine, le ministre des Finances dont les fréquentes consultations à la City de Londres et les appels « en faveur d’un système de Maastricht global » sont bien connus, marche désormais à la baguette de Tchoubaïs. La campagne pour « la modernisation et l’innovation », lancée par Dmitri Medvedev avec la création de sa Commission pour la modernisation et le développement technologique de l’économie russe, a provoqué un débat salutaire sur tous les aspects de la politique économique du pays. Les réunions de la Commission portant sur l’énergie nucléaire, qui se sont tenues à l’Institut Kurchatov de l’Académie des sciences et au laboratoire national des armements à Sarov, ont porté sur une perspective intéressante pour le secteur de l’énergie nucléaire. Au programme, non seulement les nécessaires améliorations à apporter aux réacteurs à eau pressurisés VVER, mais surtout la nécessité d’accélérer l’évolution vers la technologie des surgénérateurs, puis, dans une phase ultérieure, vers l’énergie de fusion thermonucléaire. Lorsqu’on en vient aux technologies de la communication, cependant, la clique de Tchoubaïs est en train d’introduire des niveaux d’irrationalité sans précédent, redonnant vie à des orientations politiques qui ont totalement failli en Occident et qui pourraient faire dérailler toute perspective réelle de modernisation industrielle de la Russie.
Depuis quelques semaines, sous l’influence de Tchoubaïs, des assistants du Kremlin tels que Sergeï Narychkine et Vladislav Sourkov ont lancé l’idée de « créer une Silicon Valley à la Russe », feignant d’ignorer ce qu’est devenu ce fameux district de Californie après l’explosion de la bulle internet en 2000, suivie de celle de l’immobilier en 2007. La Silicon Valley est aujourd’hui une zone sinistrée, jalonnée à perte de vue d’immeubles de bureaux déserts et de grosses villas, les McMansions, saisies depuis le début de la crise, où l’on croise aussi dans les rues d’anciennes personnalités clochardisées par la crise. A les en croire, la Russie aurait besoin de petites entreprises innovantes comme celles que l’on retrouve autour de l’Université de Stanford et du Massachussets Institut of Technology (MIT). La compagnie de Tchoubaïs, Rosnano, a été placée à la tête de ce projet.
Les 25-26 janvier 2010, Tchoubaïs et Sourkov ont fait une visite presque furtive au MIT, pour participer à des séminaires sur « l’expérience du MIT dans le soutien et la promotion à l’innovation ». Il n’y a eu aucune couverture médiatique aux Etats-Unis et un seul article est paru en Russie. Pourtant, une bonne partie du gouvernement russe et de la bureaucratie du Kremlin était du voyage, dont le premier des Premiers ministres adjoints, Igor Chouvalov, le ministre des Finances, Alexeï Koudrine, le deuxième Premier ministre adjoint, Sergueï Sobyanine, la ministre de l’Economie, Elvira Nabioullina, le secrétaire adjoint du Kremlin et conseiller économique, Ardaki Dvorkovich, le PDG de la banque d’épargne Sberbank, German Gref, Vladimir Mau, ainsi que le PDG de la société russe Venture Company, Igor Agamirzian. Le thème principal des séminaires était, comme l’a souligné un responsable du département américain du Commerce, « la commercialisation de la technologie et le transfert vers le marché des innovations sortant du laboratoire ».
Le 11 février, Dmitri Medvedev organisa dans la ville sibérienne de Tomsk une session de la Commission sur la modernisation, consacrée au rôle du secteur privé dans ce processus. Tchoubaïs et Koudrine avaient été chargés d’inaugurer cette conférence, qui rassemblait une trentaine de hauts représentants de l’Etat ainsi que des PDG d’entreprises. Pour l’essentiel, ils ont donné « un briefing » sur les conférences du MIT. Tchoubaïs souligna que la réussite ne serait au rendez-vous que lorsque « le marché » déciderait qu’une start-up est « une compagnie viable d’innovation ». Au cours d’une intervention, Medvedev confirma lui-même ce que Larouche a qualifié de « la plus grande erreur » récemment commise par le gouvernement russe : le fait d’affaiblir le rôle de l’Académie des sciences. Medvedev déclara que la liste des technologies « de rupture » qui serait soumise par l’Académie des sciences devrait être approuvée et, a-t-il ajouté, « avec tout le respect que je dois à l’Académie des sciences, ça ne serait pas une mauvaise idée qu’elle le soit par le monde des affaires ».