La Russie vue par la presse francophone
La Russie vue par la presse francophone le 15 octobre
20 minutes
Un gouverneur russe se fait remettre en place par le Kremlin à cause d’une twitpic
Dmitri Zelenine est accusé d'avoir tweeté une fausse photo d'un ver qu'il aurait trouvé dans son assiette pendant une réception...
Dans le jargon, on appelle ça faire une Alain Lambert ou une Lionel Tardy. Vous savez, ces parlementaires français qui se sont fait taper sur les doigts pour avoir abusé de Twitter. Dans le cas du russe Dmitri Zelenine, c’est la présidence qui s’est fâchée tout rouge, après la mise en ligne sur le site de microblogging de la photo du ver que le gouverneur a retrouvé dans son assiette au cours d’une réception au Kremlin. Le bonhomme est même accusé de fake, et menacé de sanctions.
Vérifier «la véracité de l'information»
«Je devrais sans doute suggérer à mes collègues juristes de rédiger un nouvel article de loi sur les activités des gouverneurs et introduire une procédure de "limogeage pour stupidité"», a déclaré Sergueï Prikhodko, l'un des principaux conseillers du président Dmitri Medvedev, au journal en ligne gazeta.ru.
«La première analyse de la photo démontre que son contenu ne correspond ni au lieu de la réception dans le grand palais du Kremlin, ni à la vaisselle utilisée», a ajouté un porte-parole de la chancellerie de la présidence russe, Viktor Khrekov, selon l'agence Ria Novosti. «Si la véracité de l'information diffusée n'est pas confirmée, alors la personne à l'origine de ces assertions devra en porter la responsabilité en conformité avec les lois en vigueur», a-t-il poursuivi san spréciser les sanctions encourures. En Russie, la diffamation est passible de prison ferme.
Irresponsabilité et bêtise
La twitpic, publiée mardi, était accompagnée de ce petit message: «Voilà ce qui arrive dans la salle Alexandre (du Kremlin). Le boeuf est accompagné d'une salade et d'un ver de terre vivant». Rien de bien méchant, mais suffisant pour se faire remettre en place pour «l'irresponsabilité et la bêtise» de son comportement.
«Je suggère à tous ceux qui souhaiteraient inviter M. Zelenine chez eux de bien réfléchir avant de le faire», a même ajouté Sergueï Prikhodko, visiblement colère. Le gouverneur, lui, n’a pas menacé de quitter Twitter comme l’avait fait Alain Lambert avant de se raviser. En revanche, il s’est empressé de supprimer la photo maudite de son compte.
Le Monde
L'héroïne gangrène la Russie
Plus meurtrière que le terrorisme, plus destructrice que l'alcool, l'héroïne est le fléau numéro un en Russie, pays à la démographie chancelante, seul Etat industriel où l'espérance de vie a considérablement baissé ces trente dernières années (60 ans pour les hommes). Selon le général Viktor Ivanov, le chef du service de lutte contre la drogue, chaque année, 30 000 personnes meurent victimes de la consommation d'héroïne, soit bien plus que le bilan des morts (13 500) de la guerre soviéto-afghane (de 1979 à 1989).
La production mondiale d'opium a beau avoir baissé (8 890 tonnes en 2007, 7 754 tonnes en 2009), la Russie absorbe 21 % de l'héroïne produite en Afghanistan, soit 70 tonnes par an. Vladimir Poutine a pourtant nommé un de ses plus sûrs alliés - Viktor Ivanov, un ancien officier du KGB comme lui - à la tête de la lutte contre le trafic de drogue, en vain. Les services compétents mettent la main sur 4 % seulement des cargaisons acheminées en Russie. Impuissants, les services de M. Ivanov se bornent à constater que 2 millions de jeunes, entre 18 et 39 ans, sont des consommateurs réguliers.
Cette "génération perdue", première victime de la contamination par le virus du sida, est visible dans les grandes villes industrielles de l'Oural, au coeur du trafic routier, ferroviaire et aérien avec l'Asie centrale. La drogue passe en Russie via la frontière avec le Kazakhstan, longue de 7 000 kilomètres et difficile à contrôler.
En Asie centrale, l'ancienne route de la soie travaille sans interruption. Les pays pauvres et rongés par l'instabilité et la corruption, tels le Tadjikistan et le Kirghizistan, sont des points de passage obligés. Och, la grande ville du sud du pays, théâtre de violents pogroms anti-ouzbeks en juin, est au coeur du trafic.
Un Ouzbek originaire de Batken (au sud d'Och), soucieux d'anonymat, raconte : "Depuis la fin des années 1990, toute ma famille vit du trafic, une vraie dynastie. Mes oncles, mes frères, mes cousins ont gagné une fortune avec l'argent de la drogue." Dans un pays où le salaire moyen atteint 70 euros, l'argent de la drogue est une tentation facile. Acheté 1 500 dollars en Afghanistan, le kilo d'héroïne atteint 6 000 dollars lorsqu'il arrive à la frontière du Kazakhstan, 50 000 dollars à Moscou.
Théâtre en vingt ans de deux massacres ethniques (Ouzguen en 1990, Och et Djelalabad en 2010) et de deux révolutions (renversement du président Askar Akaev en 2005 et de Kourmanbek Bakiev en avril 2010), le Kirghizistan, rongé par l'économie grise et perfusé par l'aide internationale, est un maillon important sur la route de l'héroïne. Les cargaisons voyagent de la frontière tadjike, au sud, jusqu'à Och. De là, deux voies sont possibles : vers l'Ouzbékistan à l'ouest ou vers le Kazakhstan au nord. Et pour finir en Russie.
Le partage des tâches se fait selon les réalités ethniques du sud kirghiz : "Les Ouzbeks transportent, les Kirghizes dirigent", explique notre interlocuteur. Comme dans tout l'espace post-soviétique, les structures de sécurité et les gouverneurs de région sont impliqués : "Impossible de faire passer quoi que ce soit sans l'aval des autorités locales qui perçoivent jusqu'à 70 % des transactions." Pas étonnant que le sud du pays ait vu la montée en puissance ces dernières années de barons locaux prêts à défier le pouvoir central.
Pendant le règne du président Bakiev (2005-2010), originaire du sud, l'argent de la drogue a coulé à flot. En 2008, le président a fait fermer, sans explications, le service de lutte contre le trafic de drogue au sein du ministère de l'intérieur. En 2009, il a aboli l'Agence du contrôle des narcotiques. Dans le même temps, il créait un fonds des investissements et des innovations, peu regardant sur la nature des fonds investis, plaçant à sa tête son fils Maxime. Le président Bakiev vit désormais en exil à Minsk mais ses partisans sont encore très puissants. Son frère Djanych, qui dirigeait les services de sécurité, passe aujourd'hui, dit-on, le plus clair de son temps entre le sud kirghiz et le Tadjikistan. Preuve que les pro-Bakiev sont forts, leur parti Ata-Jourt a remporté les législatives du 10 octobre. Ces "sudistes" sont désormais la première force du nouveau Parlement, fer de lance du projet de république parlementaire lancé par la nouvelle présidente Roza Otounbaeva.
Le parlementarisme va peut-être apaiser la situation sur la scène politique kirghize mais il sera sans effets sur le trafic. "Le plus gros problème c'est la corruption", estime l'analyste russe Alexandre Zelitchenko, cité par le quotidien Komsomolskaïa Pravda, le 8 octobre). Même si le Tadjikistan, le Kirghizistan, le Kazakhstan, se mettaient à mieux contrôler leurs frontières, la corruption des hauts fonctionnaires et des policiers semble invincible en Asie centrale et en Russie.
Le 1er juillet 2009, deux officiers du "Narkokontrol" russe étaient retrouvés morts par overdose dans les bureaux du centre de lutte antidrogue de la région ouest à Moscou. L'enquête eut tôt fait de conclure à un "empoisonnement alimentaire". Est-ce parce que l'une des victimes, Konstantin Khroustaliov, était le gendre du général Korjakov, ancien du KGB et ex-garde du corps de Boris Eltsine ? On ne compte plus les cas de collusions entre les trafiquants et les services de sécurité. L'étrange nom donné au service de lutte contre la drogue y est peut-être pour quelque chose : "Service fédéral pour le contrôle des flux de drogues". Comme si le problème n'était pas tant d'empêcher le trafic que de le contrôler !
rmc.fr
Poutine se paye la F1
C’est signé ! La Russie tient son Grand-Prix de F1. Vladimir Poutine a réussi son pari. C’est Sotchi, ville des prochains Jeux d’hiver, qui héritera de cette course à partir de 2014.
En 1982, Leonid Brejnev dans son costume militaire débordant de médailles avait discuté avec Bernie Ecclestone, déjà grand argentier de la F1, de la possibilité d’organiser un Grand-Prix en Union Soviétique. L’année suivante, cette course n’avait pu se tenir à Moscou en raison de problèmes bureaucratiques. Vladimir Poutine devrait réussir là ou Brejnev a échoué. Ce jeudi, le Premier ministre russe et Ecclestone ont conclu un accord pour la tenue d’un Grand-Prix à partir de 2014 à Sotchi, lieu des prochains Jeux olympiques d’hiver (2014), au bord de la Mer Noire. Le contrat porte sur une durée de six ans avec cinq années supplémentaires en option. « Nous sommes très contents de ces accords. Je suis certain que tout cela va se réaliser », a déclaré Poutine. « Je suis très heureux d’avoir un Grand-Prix en Russie, d’autant qu’il se déroulera à Sotchi. Je suis impressionné par la façon dont les choses avancent ici », s’est félicité Ecclestone. Le cirque de la F1 utilisera d’ailleurs les installations des JO de 2014.
A côté de la datcha de Poutine
Cette annonce confirme une évolution économique importante pour ce sport qui pose une par une ses valises dans les pays émergents. Après Bahreïn, Singapour, la Corée du Sud et Abou Dhabi, la Russie intègre ce cercle des nouveaux riches. Cette arrivée n’est pas une surprise. Le pays poussait et depuis mars, il comptait en la personne de Vitaly Petrov (Renault) un pilote dans la catégorie reine. « Bernie Ecclestone et la F1 étaient prêtes mais il fallait le soutien de l’Etat, des entreprises nationales » explique Patrick Tambay, consultant F1 RMC Sport. L’Etat russe ainsi que les investisseurs locaux devront se délester de 28 millions d’euros pour les droits d’entrée dans le calendrier et de 143 millions supplémentaires pour la construction d’un circuit situé à quelques tours de roue de Lada de la datcha de Poutine.
Le calendrier compte 19 courses cette saison, il en égrènera 20 en 2011 avec l’arrivée de l’Inde. Le Grand-Prix de Russie poussera donc ce total à 21, c'est énorme, à moins de mettre sur la touche un Grand-Prix dit « historique » : « Tous ces Grands-Prix de pays émergents ont les moyens de se positionner sur le calendrier de la F1 et prennent les places de courses qui les ont perdues par manque de réactivité, de disponibilité. » Cette arrivée enfonce encore plus un Grand-Prix de France toujours incapable de renaitre de ses cendres.

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