Zoom sur la presse russe
Revue de la presse russe du 27 novembre

Revue de la presse russe du 27 novembre
© flickr.com/ by pedrosimoes7Gazeta.ru
La Russie mise sur le pragmatisme dans ses rapports avec l’Europe
Les événements de ces dernières semaines dans l’UE ont montré que les pays membres grands et influents gardaient les principaux instruments de direction de l’Union et qu’ils n’avaient pas l’intention de céder un pouvoir même symbolique aux structures centrales, lit-on vendredi dans le quotidien Gazeta.ru.
Par conséquent, Moscou qui a toujours préféré avoir affaire à telles ou telles grandes puissances n’a pas de raisons de revoir son approche avec Paris, Berlin et Rome.
Les conversations au sujet de l’intégration sur la base des valeurs et la propagation systématique de la base législative européenne ont cessé. Par contre, Moscou parle de plus en plus de coopération au nom de la modernisation. L’agenda de Vladimir Poutine en France caractérise bien cette approche des rapports avec l’Europe: Avtovaz, Nord Stream, South Stream, le porte-hélicoptères Mistral. Les problèmes sont différents, mais ils se situent dans une même optique et visent à créer un tissu d’intéressement commercial mutuel.
Au début des années 2000, Vladimir Poutine avait essayé de fonder sa politique sur l’amitié avec Gerhard Schröder, Jacques Chirac et Silvio Berlusconi. Cependant, le changement démocratique des leaders sape cette construction. Les contacts avec Angela Merkel qui n’affectionne pas beaucoup les dirigeants russes ont en réalité donné plus que l’amitié cordiale avec Gerhard Schröder. La Russie a établi des rapports plus constructifs avec la France de Nicolas de Sarkozy qu’avec celle de Jacques Chirac, bien que le président actuel ne soit pas aussi éloquent sur la question d’un monde multipolaire. Une brève période entre deux gouvernements de Berlusconi, lorsque le premier ministre était Romano Prodi, a montré que les intérêts sont plus solides que les penchants humains.
Une réorientation totale vers les intérêts économiques dans les rapports avec les partenaires européens est un modèle possible. Mais l’enjeu du pragmatisme nécessite une condition: si une transaction sous couvert politique est conclue, il faut la mettre en œuvre. La capacité de garantir les règles du jeu peut être qualifiée de climat d’investissement (selon la loi) et de stabilité autoritaire (selon les notions), mais l’essence ne change pas.
L’effacement vertigineux en Russie des distinctions entre le commerce, la bureaucratie et la machine judiciaire suggère que personne n’a l’intention de donner de garantie aux investisseurs, quelle que soit l’ambition des hauts dirigeants. Même si l’avidité du capital occidental est illimitée, le sens de conservation prendra finalement le dessus.
Auteur: Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Rossia v globlanoï politike (La Russie dans la politique globale).
RBC daily
La Russie et la Chine cherchent un compromis dans la vente d’armes
Le président Dmitri Medvedev a reçu jeudi 26 novembre le vice-président de la Commission militaire centrale de Chine, Guo Boxiong, dans sa résidence officielle à Barvikha, lit-on vendredi dans le quotidien RBC daily.
Les interlocuteurs se sont entretenus à huis clos du recul de la coopération militaire de ces dernières années: Moscou refuse de vendre ses technologies et les derniers modèles d’armements à l’empire Céleste. Les experts invitent le Kremlin à ne pas céder à la pression de Pékin, bien qu’une pause dans les exportations soit défavorable pour le complexe militaro-industriel.
Selon les experts, l’entretien devait porter sur le moyen d’atteindre les indices d’antan dans la vente d’armes: l’armée chinoise a besoin de nouveaux matériels et les usines d’armement russes, de l’argent auquel elles se sont habituées durant les douze années de coopération intense entre Moscou et Pékin dans le domaine militaire. Cependant, ces deux-trois dernières années, une pause, ironiquement qualifiée par les spécialistes de « stratégique », est observée dans cette coopération. « Les Chinois demandent qu’on leur vende non seulement des armements, mais aussi des technologies, ce que Moscou ne peut accepter, du moins, aux conditions chinoises. En ce moment, les parties cherchent douloureusement un compromis », affirme le directeur du Centre d’analyse, des stratégies et des technologies Rouslan Poukhov.
Les rapports russo-chinois dans le domaine de la coopération militaire ont été marqués ces derniers temps non seulement par la réduction des commandes, mais aussi par des scandales retentissants. Selon l’information publiée en mars dernier, Moscou a l’intention de refuser de vendre à Pékin un lot important de chasseurs Su-33 craignant que les Chinois ne copient illégalement cet avion, comme ils ont copié le Su-27.
La reproduction frauduleuse et l’espionnage industriel sont presque l’unique issue pour l’empire Céleste, font remarquer les experts. Après les événements de 1989 sur la place Tiananmen, les Etats-Unis et l’Europe ont mis l’embargo sur les livraisons d’armes à la Chine et Israël subit une pression de Washington. « En réalité, les Chinois ne développent rien et ne font que voler. Leur complexe militaro-industriel est basé sur cela, estime l’expert de l’Institut d’analyse politique et militaire Alexandre Khramtchikhine. Par exemple, leurs navires sont une curieuse synthèse de technologies russes et occidentales ». Il en découle de grands scandales aux Etats-Unis à cause de l’espionnage chinois dans le complexe militaro-industriel.
« Jusqu’à ce jour, la Russie n’a pas manqué de bon sens pour ne pas vendre aux Chinois des chasseurs de cinquième génération et d’autres projets avancés, indique Alexandre Khramtchikhine. J’espère qu’il continuera d’en être ainsi».
Kommersant, Izvestia
Le ministre russe de l’Intérieur a reconnu le droit des citoyens à l’autodéfense en cas d’attaques des policiers
Après avoir refusé de participer à la discussion sur les rapports, qui se sont extrêmement aggravés ces derniers temps, entre la société et la police, le ministre russe de l’Intérieur Rachid Nourgaliev a tout de même commenté hier la situation, lit-on vendredi dans les quotidiens Kommersant et Izvestia.
Son conseil est simple et inattendu: si un policier attaque un citoyen respectueux des lois, la victime a le droit de riposter. Le ministre n’a rien dit à propos du fait que la résistance à un policier puisse entraîner la réclusion à vie.
En fait, Rachid Nourgaliev est entré en discussion avec toute la législation russe et la jurisprudence. Le Code pénal russe considère traditionnellement la résistance à un policier comme un des crimes les plus graves: l’article 317 du Code pénal russe prévoit pour ceux qui « opposent une résistance au policier » une détention de 12 ans, voire la réclusion à vie. La loi fédérale sur la police précise dans son article 18 que le policier accomplit son devoir professionnel « indépendamment de son poste, du lieu et du temps », c’est-à-dire même pendant un jour non ouvrable, et que le policier reste partout policier, où qu’il se trouve.
« Comme le montre la jurisprudence, dans la plupart des cas, il est pratiquement impossible de prouver que c’est un policier qui a provoqué la riposte d’un citoyen », a déclaré l’avocat et membre de la Chambre sociale Anatoli Koutcherena en commentant l’appel du ministre.
« Pour se justifier, les policiers écrivent souvent dans le protocole que l’interpellé leur a opposé une résistance – il a mordu, tenté d’arracher une épaulette et a même dit des grossièretés, explique l’expert de la fondation Verdict social Olelg Novikov. Lors du procès, c’est une circonstance aggravante. Qui plus est, les témoignages des policiers suffisent pour que le tribunal reconnaisse le fait de la résistance ». «Rachid Nourgaliev ne comprend pas le danger de sa déclaration, estime Oleg Novikov. Cela ressemble beaucoup à de la panique ».
Kommersant
Renault et Avtovaz pourraient s’échanger des actifs
Aujourd’hui au cours de la visite du premier-ministre russe Vladimir Poutine en France, les accords sur le partenariat d’Avtovaz et de Renault et sur l’entrée d’Electricité de France dans South Stream seront signés, lit-on vendredi dans le quotidien Kommersant.
Ces accords sont sur des intentions, les détails ne sont pas diffusés. On sait que les parties discutent la possibilité d’une augmentation du paquet de Renault dans Avtovaz en échange d’une part dans le consortium français. La promesse d’admettre la France dans les ressources énergétiques du pays pourrait ajouter une valeur à la transaction.
Une source proche des négociations de Renault et Avtovaz dit qu’il s’agit d’échange des parts: la part du consortium français augmentera de part bloquante à part de contrôle, et la partie russe recevra un paquet d’action de Renault. Une source au gouvernement précise qu’on discute une autre variante: la part de Renault à Avtovaz augmenterait mais n’atteindrait pas la part de contrôle. En revanche, la partie russe est prête à faciliter considérablement l’accès des compagnies françaises aux ressources énergétiques du pays.
Les sources ne précisent pas qui exactement pourraient recevoir les actions de Renault – l’Etat, Rostechnologuii ou Avtovaz lui-même. La valeur des compagnies n’est pas comparable. La capitalisation de Renault en bourse parisienne des valeurs Euronext hier était au niveau de €8,99 milliards, la capitalisation d’Avtovaz en RTS – de $887 millions (€591 millions). Avec l’évaluation du marché pour le paquet bloquant des actions d’Avtovaz, Moscou pourrait recevoir à peu près 1,5% des actions de Renault, note Iouliy Matévossov de la compagnie d’investissement Aton. Kirill Tchouyko d’UBS est d’accord sur le fait que la partie russe n’obtiendra qu’un paquet d’actions symbolique de Renault: les deux plus importants actionnaires (le gouvernement français – 15,01% et Nissan – 15%) ne sont pas prêts à transmettre une partie signifiante de leurs parts à la Russie.
«Avtovaz n’a pas besoin de participer à la conduite de Renault, mais à ses technologies, - estime Tchouyko. – L’échange des actifs qui donnera à Renault plus de contrôle sur Avtovaz et montrera l’intention de la partie russe d’investir dans les affaires communes, pourrait établir un fond adéquat pour la transmission des technologies du consortium français à Avtovaz».
L’accroissement de la part augmentera la responsabilité de Renault dans le travail d’Avtovaz. Ces promesses d’accès aux ressources énergétiques russes devraient inciter les français à faire un pas qui jusqu’ici n’avait pas provoqué leur enthousiasme. Aujourd’hui doit être signé le mémorandum sur les intentions de l’entrée de l’Electricité de France dans le deuxième (après Nord Stream) grand projet énergétique et politique russe – la construction du gazoduc South Stream.
Ces textes tirés de la presse russe n'engagent pas la responsabilité de RIA Novosti.

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