Zoom sur la presse russe
Revue de la presse russe du 5 février

Revue de la presse russe
© flickr.com/ by pedrosimoes7Gazeta.Ru/Vedomosti
Washington a proposé à Moscou de réduire les armes nucléaires tactiques
Le Traité de réduction des armements stratégiques offensifs (START) n'est pas encore signé, que Washington propose à Moscou d'engager également des négociations sur la réduction des armes nucléaires tactiques, le seul atout russe permettant de maintenir l'équilibre des forces avec les Etats-Unis, lit-on vendredi dans les quotidiens Gazeta.Ru et Vedomosti.
La question relative aux armes nucléaires tactiques a été soulevée lors des négociations avec la Russie sur les armements stratégiques offensifs, a confirmé le chef d'état-major interarmées, l'amiral Michael Mullen, au cours des débats au sénat.
L'avenir des armes nucléaires tactiques russes inquiète depuis longtemps l'Occident. La Russie n'a pas radicalement réduit ses arsenaux d'armes nucléaires tactiques, ce qui lui assurait un avantage sur les Américains. Selon les estimations du gouvernement américain, la Russie détient actuellement 3800 ogives tactiques, alors que les Etats-Unis n'en ont que 500.
En 2008 la Russie, qui a installé depuis longtemps des ogives nucléaires tactiques sur son territoire, a démenti, une fois de plus, les soupçons de la Pologne sur la présence d'armes nucléaires tactiques dans la région de Kaliningrad. Mais Moscou a aussi déclaré qu'elle pourrait transférer dans cette région des systèmes de missiles opérationnels tactiques Iskander en réponse au déploiement d'éléments de la défense antimissile nucléaire américaine en Europe de l'Est.
Après la révision par Washington du projet de défense antimissile, il a été décidé de renoncer au transfert de missiles Iskander. Cependant, les soupçons des voisins occidentaux demeurent. Lundi dernier, les ministres des Affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski, et suédois, Carl Bildt, ont invité Moscou à commencer la réduction des armes nucléaires tactiques.
Selon le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Andreï Nesterenko, la Russie insiste toujours pour que les armes nucléaires tactiques soient retirées du territoire des pays auxquels elles n'appartiennent pas et pour que l'infrastructure de stockage sur le territoire de pays tiers soit détruite. Selon Pavel Podvig de l'Université Stanford, le point de vue russe est logique et il est peu probable qu'il change.
"Compte tenu de l'immense supériorité des Etats-Unis en armements conventionnels et de leur retard croissant en moyens de véhiculation des forces nucléaires stratégiques, le rôle des armes nucléaires tactiques en tant qu'instrument de politique étrangère ne fait que s'accroître", a fait remarquer Alexeï Arbatov, directeur du Centre de sécurité internationale de l'Institut de l'économie mondiale et des relatons internationales. "Il est pratiquement impossible d'assurer la vérification de la réduction des armes nucléaires tactiques, explique l’expert. Si les missiles intercontinentaux peuvent être tout simplement détruits, cela est peu réalisable pour les moyens de véhiculation à double destination".
Les ogives tactiques peuvent équiper l'aviation tactique, l'artillerie et la flotte.
"Il s'agit du contrôle des stocks, ce qui sera sans précédent", estime Alexeï Arbatov.
Les négociations sur les armes nucléaires tactiques ne seront pas faciles: de nombreux hommes politiques occidentaux considèrent jusqu'à présent les armes nucléaires américaines en Europe comme un des piliers de l'OTAN, constate Pavel Podvig.
Kommersant
Expert : la Chine entend devenir la seconde superpuissance mondiale
L'aggravation actuelle des relations américano-chinoises n’intéresse pas tant parce que Pékin a gelé ses liens bilatéraux avec les États-Unis dans le domaine militaire (il l’avait fait déjà avant), mais parce qu’il menace d’adopter des sanctions à l’encontre des compagnies américaines et de bloquer, aux Nations Unies, les nouvelles sanctions contre l'Iran, lit-on vendredi dans le quotidien Kommersant.
Cela témoigne d’une nouvelle politique, plus "ferme" de Pékin, suite à sa percée économique et à sa sortie rapide de la crise.
La société et les milieux gouvernementaux chinois penchent à l’heure actuelle pour les actions résolues visant à assurer au pays la position de deuxième superpuissance, serait-ce au détriment des relations avec l'Occident.
Cependant, jusqu'ici Pékin avait mené une politique prudente, s’appliquant à ne pas compromettre ses relations avec l’Occident dont il a besoin pour assurer son développement économique. Si les États-Unis ne se dédisent pas, la Chine aura à choisir : soit se laisser aller aux nouvelles tendances et opter pour une révision en profondeur de sa politique étrangère, soit se limiter à un mécontentement purement verbal.
Selon toute probabilité, Pékin optera pour la seconde solution, n’ayant manifestement pas assez de forces pour une confrontation avec les États-Unis. Les deux plus grands pays du monde dépendent l'un de l'autre, mais l'économie américaine tiendra sans la Chine, les Américains n’ayant pour cela qu’à se serrer un peu la ceinture. Tandis qu’en Chine, où un développement sans les débouchés occidentaux ne peut se faire, des sanctions économiques sérieuses pourraient provoquer des troubles sociaux et l'écroulement du régime. Et Pékin en est parfaitement conscient.
Dans l’ensemble, la crise dans les relations américano-chinoises confirme une fois de plus le caractère utopique de l’idée du G2, c'est-à-dire, d’une alliance stratégique entre Washington et Pékin, qui ne tient pas compte des nombreuses contradictions existant entre les deux pays. Pour la Russie, c’est une bonne occasion de réfléchir sur ses relations militaires avec Pékin et de voir si ses livraisons d’armes à la Chine correspondent à ses propres intérêts, et, en général, contribuent à la paix et à la stabilité dans la région, à la lumière des nouvelles tendances en Chine décrites ci-dessus.
Auteur : Alexandre Loukine, directeur du Centre des études de l'Asie de l’Est et de l’OSC (Organisation ce coopération de Shanghai) de l’Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGuIMO), auprès du ministère des Affaires étrangères de Russie
Gazeta.Ru
L'idée de Moscou sur une nouvelle architecture de la sécurité en Europe pourrait se matérialiser
La question de l'imperfection du système de sécurité en Europe a été approuvée outre-Atlantique, mais le moyen proposé pour régler le problème a été rejeté, lit-on vendredi dans le quotidien Gazeta.Ru.
De nouvelles institutions ne sont pas nécessaires, estime-t-on aux Etats-Unis. Il suffit de perfectionner celles qui existent déjà: l'OTAN, l'OSCE (l'Organisation sur la sécurité et la coopération en Europe) et le FCE (le Traité sur les forces conventionnelles en Europe). A propos de la proposition de Dimitri Medvedev sur une « nouvelle architecture », des hommes politiques européens avaient émis à peu prés le même avis. On peut donc se demander si cette initiative a un avenir.
Cela fait un peu plus d'un an et demi que cette idée est discutée, or la situation européenne a changé.
Le problème n’a rien à voir avec la guerre dans le Caucase.
La présidence de Barack Obama était soutenue ardemment par toute l'Europe au moment de sa campagne électorale. Pourtant, Washington est bien plus préoccupé par la situation au Proche-Orient, en Iran, en Irak, en Afghanistan et en Asie du Sud et de l'Est que par les problèmes européens. L'Europe est partout un partenaire, mais auxiliaire.
A en juger par les déclarations de la Secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, à l’occasion d’un discours à Paris il y a quelques jours, une conclusion s'impose: les espoirs des années 1990 de transformer l'OTAN en système global, ne peuvent pas se justifier. A présent, l'OTAN n'a qu'une seule perspective: rester une organisation de sécurité régionale.
Dans ce cas, les perspectives de l'initiative de Medvedev sont minces, car elle vise principalement à ne pas admettre la transformation de l'Alliance en une organisation de sécurité paneuropéenne.
Mais la situation actuelle laisse un champ de manœuvre à la Russie: les intérêts stratégiques de l'Europe et des Etats-Unis sont bien différents, et par conséquent, les deux parties préfèrent ne pas rejeter définitivement l'"architecture" russe.
Pour l'Amérique, l'initiative du Kremlin offre la possibilité d'entraîner la Russie dans le règlement des problèmes stratégiques en Eurasie. Mais Moscou n'est qu’un médiateur et l'objectif principal est Pékin. Les Etats-Unis cherchent des moyens d'entraîner la Chine dans différents rapports astreignants et essaient d’y parvenir par la chaîne OTAN-OTSC (l'Organisation du Traité de sécurité collective)-OCS (l'Organisation de coopération de Shanghai).
La Russie présente un autre intérêt potentiel: sans elle, il sera difficile de régler les problèmes posés par l'Afghanistan et l'Iran, bien qu'il ait été difficile de l'imaginer il y a un an.
Quant à l'Europe, elle ne comprend pas très bien les plans de l'Amérique et essaie d'assurer son avenir. Certes, il est incroyable que Washington laisse le Vieux Monde à son sort. Mais les grands Etats européens devront s'habituer à la nouvelle situation, dans laquelle ils vont de plus en plus non pas déterminer le cours du développement international, mais en dépendre. Et pour trouver une nouvelle identité, un nouveau format de relations avec la Russie peut s'avérer nécessaire.
Dans le contexte des changements stratégiques globaux, plus les problèmes européens seront relégués à l’arrière plan, et plus l'"architecture" russe aura de chances de se matérialiser.
Auteur: Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Rossia v globalnoï politike (La Russie dans la politique globale).
Vedomosti
Le rapprochement de l'Ukraine avec l'Europe ne lèse les intérêts de la Russie
Victor Ianoukovitch, vainqueur pressenti du second tour de la présidentielle ukrainienne, a l'intention de conduire son pays en Europe, lit-on vendredi dans le quotidien Vedomosti.
Parmi ses priorités en politique extérieure, figurent un accord de libre échange avec l'Union européenne et un traité d'association. Le leader du Parti des régions a l'intention de réaliser «bien des choses que les « oranges » avait promises, mais n'ont pas faites».
La persistance de Kiev dans sa volonté de se rapprocher de l’Occident est en grande partie une conséquence de la politique de Moscou. Cependant, le choix européen de l'Ukraine ne lèse nullement les intérêts de la Russie.
Pour Kiev, le rapprochement avec l'Europe était déjà un objectif avant la révolution orange. La longue marche vers l'intégration dans les structures européennes, politiques et économiques, a commencé peu après l'acccession de l'Ukraine à l'indépendance et s’est poursuivie sous tous les présidents.
Dans les années 1990, dans ses relations avec le plus grand pays de la CEI (après la Russie), le Kremlin balançait entre la position de "frère aîné" offensé (sur la question de Sébastopol et le siphonnage du gaz russe) et celle d’indifférence ostensible. L'establishment russe était persuadé qu’étant trop dépendante économiquement de la Russie, l'Ukraine n’irait pas loin.
Dans les années 2000, les visées européennes de Kiev, et, tout particulièrement, sa coopération militaire avec l'OTAN, ont commencé à irriter Moscou. La dérive vers l'Occident était perçue non comme une aspiration naturelle pour maintenir un certain équilibre en politique extérieure, mais comme une manifestation d'hostilité et le déni d’un passé commun.
Essayant de refreiner, sinon d’arrêter, le rapprochement de ses voisins avec l'Europe, la Russie a assez souvent agi de manière trop brutale, sans tenir compte de la prise de conscience de la jeune nation, particulièrement sensible à toute pression de l’extérieur.
En proclamant ouvertement son soutien à l'une des forces politiques en Ukraine, la pression élevée exercée par Moscou a laissé place à des tentatives mal disssimulées de corruption sous forme de crédits électoraux. Il est également peu probable que les élites ukrainiennes aient été enthousiasmées par les méthodes russes de réglement des conflits politiques et des contradictions entre l'État et le monde des affaires.
La situation a peu changé ces derniers mois, lorsque la Russie a fait preuve de pragmatisme et s’est distancée des processus politiques en Ukraine. Par contre, les sympathies personnelles affichées par le premier ministre russe envers sa collègue ukrainienne ont poussé Ianoukovitch à prendre une position plus équilibrée dont, il est possible, l'establishment russe, une fois de plus, pourrait prendre ombrage.
Moscou ne semble pas comprendre qu’à long terme, l'attirance de l'Ukraine vers l'Occident servirait ses intérêts.
Par sa situation géographique, l'Ukraine passera plus facilement aux méthodes de gouvernement européennes. Un voisinage d’un État ami, efficacement dirigé par des institutions politiques et juridiques de modèle européen, montrerait que la Russie, elle aussi, ne doit pas forcément être gouvernée à la verticale.
Ces textes tirés de la presse russe n'engagent pas la responsabilité de RIA Novosti.

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